Maria Zakharova : Sur le verdict d'un tribunal kiévien concernant la fusillade sur le Maïdan, 22.11.23

Valerik
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Maria Zakharova : Sur le verdict d'un tribunal kiévien concernant la fusillade sur le Maïdan, 22.11.23

Message par Valerik »

Extrait de la conférence de presse de Maria Zakharova le 22 novembre 2023 :
Sur le verdict du tribunal de district Svyatochinski de Kiev dans l'affaire pénale de la fusillade sur la place de l'Indépendance


Et maintenant, la chose la plus importante dont les sponsors occidentaux ne veulent pas se souvenir en cette période du 10e anniversaire de l'Euromaïdan (qui a en fait marqué le début du coup d'État). Mais moi, je vais vous le dire.

Le 18 octobre 2023, le tribunal du district Svyatochinski de Kiev a rendu un verdict de culpabilité à l'encontre des combattants de l'unité spéciale Berkout du ministère de l'Intérieur de l'Ukraine. Il ne s'agit pas d'un triomphe de la justice, mais d'une décision prise pour coïncider avec la date célébrée ces jours-ci. Le scénario est prévisible. Pendant des années, les autorités actuelles de Kiev falsifiaient les faits, tout en désignant à l'avance les principaux responsables de ces événements. Je parle de la fusillade sur le Maïdan d'il y a 10 ans. J'entends par là (et vous le comprenez très bien) des "processus", d'abord présentés au monde entier comme une sorte de manifestations des gens "pour une vie meilleure", qui se sont ensuite terminés par des "cocktails Molotov" et des tirs de tireurs d'élite. Mais parlons de tout cela de manière chronologique. Le verdict est remarquable parce que les faits étaient si évidents que même le tribunal ukrainien actuel, sous le régime de Kiev, a été contraint d'admettre que de nombreux activistes de l'Euromaïdan avaient été tués par des tirs ciblés provenant de l'hôtel Ukraine, où comme on le sait, des combattants armés du Pravy Sektor étaient retranchés à l'époque. Le tribunal ukrainien a ouvertement déclaré que l'hôtel n'était pas contrôlé par la police. De nombreuses personnes blessées dans la rue Institutskaïa à Kiev en cette tragique journée du 20 février 2014 ont déclaré sous serment au tribunal qu'elles avaient vu de leurs propres yeux les tirs provenant des fenêtres de l'hôtel Ukraine.

À part cela, le tribunal de Kiev a également examiné les séquences vidéo de la fusillade dans la rue Institoutskaïa, accessibles au public, y compris depuis l'hôtel Ukraine, que les représentants du régime du Maïdan ont préféré passer sous silence. Après avoir comparé ce qui a été vu avec les témoignages des activistes blessés, la Cour est arrivée à la conclusion qu'ils s'étaient déplacés vers la rue Institoutskaïa de manière organisée, ayant pour but d'attaquer les cordons de police, et non pas pour "emmener leurs camarades blessés", comme la propagande de l'Euromaïdan le répétait pendant toutes ces années. Il n'y avait pas de blessés dans la rue Institoutskaïa à ce moment-là. En revanche, le dossier contient des photos et des séquences vidéo montrant des activistes armés de l'Euromaïdan en train de tirer sur des officiers de police.

Je tiens à rappeler que toute la rhétorique de cette période de la part de l'Occident et des "communautés libérales" du monde entier se résumait à une chose: celui qui avait commencé la fusillade était coupable de tout ce qui était en train de se passer. C'est exactement ce qu'ils disaient. Lorsque la Russie a fourni des images de cocktails Molotov, de pneus brûlés, de policiers et d'officiers Berkout battus, et qu'elle a déclaré que tout cela avait été commis par des nazis, et que si on ne les arrêtait pas, les choses s'aggraveraient jusqu'au point de non-retour, on nous disait une seule chose: "c'est ça la démocratie". Lorsque les tireurs d'élite ont commencé à tirer, c'est alors là que même les plus fervents partisans du régime de Kiev – l'Union européenne – se sont arrêtés. Ils ont commencé à parler du fait qu'il était absolument nécessaire de trouver ceux qui avaient ouvert le feu. D'après toutes les preuves présentées au tribunal ukrainien, il est désormais clair que ceux que l'Occident et le régime de Kiev défendaient depuis tant d'années étaient des représentants du Pravy Sektor.

Permettez-moi de vous rappeler quelques faits. Nos non-partenaires occidentaux ont la mémoire très courte. En décembre 2013, lors des manifestations de l'opposition à Kiev, alors que les partisans de l'Euromaïdan brûlaient déjà des représentants des forces de l'ordre avec des cocktails Molotov sous les yeux du monde entier, le chef du Pentagone, Chuck Hagel a "fermement mis en garde" le gouvernement ukrainien légitime élu par le peuple contre "l'utilisation des forces armées contre la population civile sous quelque forme que ce soit", tandis que les représentants de l'UE répétaient sans cesse que "le recours à la violence de la part des autorités était inadmissible" – des autorités légitimes, qui ont vu l'anarchie se déchaîner sous leurs yeux. Dans le même temps – et c'est un fait bien connu – les hauts fonctionnaires des États-Unis d'Amérique et de l'Union européenne ont ouvertement soutenu et parrainé les rassemblements antigouvernementaux. Le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, exigeait que Viktor Ianoukovitch n'utilise en aucun cas l'armée contre son propre peuple, contre les manifestants de l'Euromaïdan ou où que ce soit encore. Ils disaient: "On ne peut pas tuer la démocratie". Ianoukovitch n'a pas utilisé l'armée. Il y avait la police, l'unité Berkout, mais elle a été attaquée plus souvent qu'elle n'a tenté de rétablir l'ordre, étant donné qu'elle était désarmée. Ils ont été confrontés à des hommes avec des cocktails Molotov, des pelles de sapeur, des centaines, voire des milliers de pneus, et des mélanges combustibles.

Lorsque quelques mois plus tard plusieurs régions ukrainiennes se sont opposées au gouvernement de Kiev, arrivé au pouvoir de manière anticonstitutionnelle, les États-Unis et l'UE ont fait exactement le contraire et n'ont pas hésité à approuver une opération de force, "anti-terroriste" mais en fait punitive, à l'encontre des dissidents. Et qu'est ce que cela veut dire, les dissidents? Ce ne sont pas ceux qui ont décidé de renverser le gouvernement et qui pensaient que les réformes et les coups d'État signifiaient la même chose, mais ceux qui ont soutenu le pouvoir légitime, l'État de droit, l'ordre constitutionnel. Et quel système! Pensez-vous qu'au moment où les régions de l'Ukraine, qui n'allaient pas se soumettre au coup d'État anticonstitutionnel, lorsqu'un groupement armé y a été envoyé pour les réprimer, le secrétaire général de l'Otan a prononcé les mêmes paroles sur la nécessité de ne pas utiliser l'armée contre le peuple? Rien de tel. Ils appelaient les autorités ukrainiennes à faire un recours "proportionné" à la force pour rétablir l'ordre. Vous sentez la différence? Dans le premier cas, lorsque le pouvoir était légitime et qu'il voyait se profiler un coup d'État tragique soutenu par l'Occident, de telles déclarations lui liait les mains, exigeant qu'il n'y ait pas de recours à la force. Ni par l'armée ni par les forces de l'ordre. Lorsque les représentants occidentaux, venus en toute illégalité, qui ont organisé le coup d'État, ont envoyé des forces armées et des chars pour étouffer les partisans du pouvoir légitime, l'Occident tout entier est resté silencieux et a commencé à se forcer à prononcer des mots sur la "proportionnalité" de la réaction.

Je voudrais citer encore un passage: "Lors d'une manifestation, le recours à la violence ne peut être justifié. Ce sont des actes criminels et les personnes qui les commettent doivent être traduites en justice. Rien ne justifie de brûler des bâtiments, des voitures, de détruire des biens, de mettre en péril la vie des gens. À votre avis, qui a dit cela? Peut-être qu'il s'agit du président Viktor Ianoukovitch lors de l'Euromaïdan de décembre 2013-février 2014? Non, vous avez tort. Peut-être cela a-t-il été prononcé par le président des États-Unis à propos de la répression par la force, de l'assassinat par les forces de sécurité du régime de Kiev, les autorités issues de l'Euromaïdan, de personnes dans le sud-est de l'Ukraine? Non, vous vous trompez encore une fois si vous pensez cela. Ce sont les mots du président américain Barack Obama à propos des événements de Ferguson, lorsqu'un Afro-Américain âgé de 18 ans et non armé, Michael Brown, a été tué par des officiers de police.

Je répète que le président américain a déclaré que "ce sont des actes criminels et les personnes qui les commettent doivent être traduites en justice. Rien ne justifie de brûler des bâtiments, des voitures, de détruire des biens, de mettre en péril la vie des gens". Où et quand ont-ils raison? Quand disent-ils la vérité? Je me demande bien. Je vous rappelle qu'il s'agit de la même personne qui a observé les événements de l'Euromaïdan en 2014 et l'évolution de la situation dans le sud-est de l'Ukraine. Personne en Occident n'a dit rien de tel à propos de ce qui s'est passé sur le Maïdan en 2013-2014. Personne. Et il y a eu des mises à feu de bâtiments, des mises à feu de personnes, Odessa, la Maison des syndicats. Une histoire terrible, criminelle et sanglante. Je ne sais pas à quoi la comparer, probablement à un film d'horreur terrifiant. Quelqu'un aux États-Unis a-t-il dit quelque chose à ce sujet? Une personne a été tuée à Fergusson suite à une intervention de la police. Les États-Unis savent-ils combien de personnes sont mortes dans la Maison des syndicats?

Autre citation. "Les États-Unis condamnent catégoriquement toute tentative de prise de pouvoir par la voie anticonstitutionnelle". Vous ne devinerez jamais de quoi il s'agit: de la tentative de coup d'État en Gambie, en 2014. La même année 2014. La prise de pouvoir par la voie anticonstitutionnelle sur le Maïdan, avec des conséquences désastreuses, une guerre civile de plusieurs années avec la participation de médiateurs internationaux, et ensuite, la création d'une plaie saignante dans la région.

Les États-Unis n'ont pas condamné la tentative de prise de pouvoir par la voie anticonstitutionnelle. Pourquoi? Parce qu'ils ne condamnent que les tentatives de coup d'État constitutionnels dans lesquelles ils ne sont pas impliqués. Et là où ils s'ingèrent dans les affaires intérieures des États, où ils financent des "putschistes", ils ne considèrent pas nécessaire de le faire. Là, ils parlent de démocratie. Rien de tel n'a été dit à propos de l'Ukraine. Il a été déclaré que le peuple s'est levé contre le gouvernement détesté et a fait une "révolution démocratique".

Le verdict du tribunal de district Svyatochinski de Kiev n'est pas pour les membres de l'unité Berkout. C'est un verdict contre les combattants des groupes néonazis Svoboda et Pravy Sektor, qui sont devenus la principale force de frappe de l'Euromaïdan. Ces héritiers de Bandera et de Choukhevitch se sont armés jusqu'aux dents et ont ouvert le feu, d'abord sur des officiers de police, puis sur leurs soi-disant "frères", lorsqu'il est devenu évident que le pouvoir de protestation de l'Euromaïdan diminuait et qu'une provocation sanglante devenait imminente.

Où sont passées toutes les personnalités de l'UE qui, alors, dans les mois de 2013-2014, affirmaient que "celui qui a ouvert le feu est l'instigateur" et qu'il devrait être maudit à jamais. Ce sont les paroles de l'ensemble du Bruxelles collectif. Où sont-ils? Ils vont maintenant sortir un autre blog, un article sur tous ces événements, ils vont trouver un moyen de s'en sortir. Ils trouveront quelque chose et diront que c'est "le coût du processus démocratique". Quelque chose de ce genre. Le style des "révolutions de couleur" organisées par l'Occident s'est alors révélé dans toute sa splendeur: ils font cela partout où ils ont besoin de renverser le pouvoir légitime.

Le verdict du tribunal de Kiev est important car il concerne un moment crucial de l'histoire ukrainienne. Ce sont les coups de feu tirés pendant l'Euromaïdan qui ont plongé l'Ukraine dans l'abîme de l'anarchie, de la guerre civile et du déchaînement du néonazisme. Les liens de cause à effet entre les événements d'il y a dix ans et ce qui se passe aujourd'hui sont évidents et ont désormais une confirmation juridique en Ukraine même.

Source : le site du MAE russien
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