Dictionnaire russe-français, ou Dictionnaire étymologique de la langue russe par Ch. Ph. Reiff, St-Pét 1835-36

Valerik
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Dictionnaire russe-français, ou Dictionnaire étymologique de la langue russe par Ch. Ph. Reiff, St-Pét 1835-36

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DICTIONNAIRE RUSSE-FRANÇAIS,
DANS LEQUEL LES MOTS RUSSES SONT CLASSÉS PAR FAMILLES ;


OU

DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE DE LA LANGUE RUSSE,

OUVRAGE DÉDIÉ
À SA MAJESTÉ L’EMPEREUR,
ET COURONNÉ PAR L’ACADÉMIE IMPÉRIALE DES SCIENCES.

Contenant :

1° La comparaison des Racines slavonnes avec les racines sanscrites, persanes, grecques, latines, germaniques, arabes et hébraïques ; — 2° L’Étymologie des mots que la langue russe a empruntés des autres idiomes tant européens qu’asiatiques ; — 3° Outre les mots de la langue usuelle, les principaux termes techniques des Sciences mathématiques et militaires, de la Marine, de l’Architecture, et en général des Arts et des Sciences, ainsi qu’un nombre considérable d’expressions et d’acceptions, anciennes et nouvelles, familières et provinciales, qui ne se trouvent dans aucun Dictionnaire publié jusqu’à ce jour ; — 4° Les définitions des termes russes et leurs diverses acceptions, au propre et au figuré, rendues en langue française par un choix de Synonymes ou d’équivalents, accompagnées de la Concordance et de la Dépendance grammaticale des mots, et justifiées par des exemples tirés des meilleurs auteurs ; — 5° L’Accentuation placée sur tous les mots ; — 6° Un abrégé de la Grammaire russe avec des tableaux synoptiques de déclinaisons et de conjugaisons ; — 7° L’Alphabet russe, comparé aux alphabets sanscrit, arabe, hébreu et grec ; — 8° Le tableau synoptique de la Hiérarchie russe militaire, civile et ecclésiastique ; — 9° Le tableau des Poids, Mesures et Monnaies de l’empire de Russie, avec leur évaluation en mesures françaises ; — 10° La Table alphabétique de tous les mots russes, renfermés dans ce Dictionnaire, pour en faciliter l’usage.

PAR

Ch. Ph. Reiff,

Auteur de la Grammaire Russe à l’usage des étrangers,
et Traducteur de la Grammaire Raisonnée de la langue russe de N. Gretsch

TOME PREMIER.
A—O
SAINT-PÉTERSBOURG.
1835.

TOME DEUXIÈME.
П—V
SAINT-PÉTERSBOURG.
1836.

PRÉFACE

Le premier livre d’une nation est le Dictionnaire de sa langue.
Volney.


Le Dictionnaire russe-français, que je publie aujourd’hui, ouvrage auquel l’Académie Impériale des Sciences de St-Pétersbourg, a décerné, en 1833, un des grands prix Démidof (1), et dont SA MAJESTÉ l’EMPEREUR a daigné accepter la dédicace sur la présentation de Son Excellence Mr d’Ouvarof, Ministre de l’Instruction publique et Président de l’Académie des Sciences, quoique rédigé sur un plan différent de celui de la plupart des Dictionnaires, n’en est pas moins destiné à être offert à tous ceux qui s’occupent des deux langues, russe et française. Il suffira, pour être convaincu que ce livre est à la portée de tout le monde, depuis les gens lettrés jusqu’aux jeunes étudiants, de connaître et le plan que j’ai adopté, et les motifs qui m’ont déterminé à suivre l’ordre étymologique plutôt que la méthode ordinaire, l’ordre analogique.

Toute langue a ses mots primitifs, ou radicaux, et ses mois dérivés. Le nombre des dérivés dans tout idiome est beaucoup plus considérable que celui des primitifs. Il suit de là que, pour apprendre fondamentalement une langue, la voie la plus sûre, la plus courte et la plus facile, c’est de remonter d’abord aux mots radicaux et à leur signification primitive, et de passer ensuite aux dérivés, dont les acceptions ne sont que des nuances de la signification des premiers. Présenter ainsi tous les mots d’une langue en les ramenant à leur forme radicale, faire connaître leur filiation et leur descendance en les classant par familles, c’est offrir en même lemps et le moyen de les mieux graver dans la mémoire en ce qu'on les aura mieux compris, et celui de donner à de nouveaux dérivés toute la régularité qu’exige une langue bien faite. Telle est l’utilité des Lexiques où les mots, ramenés à leur origine primordiale, sont placés à la suite les uns des autres dans l’ordre de leur formation, et tel est le plan que j’ai suivi dans ce Dictionnaire ètymologique de la langue russe.

L’Academie Impériale Russe (2), en publiant, dès les premières années de sa fondation sous le règne de l’immortelle Catherine, le recueil des mots de l’idiome national selon l’ordre de leur dérivation, avait bien senti que cette méthode était la meilleure, la plus utile pour la langue russe, pour cette langue qui, d’après sa formation toute logique et procédant par des principes constants de dérivation, jouit, plus que les autres idiomes modernes, de tous les avantages des langues anciennes. Le Dictionnaire de l’Académie Russe, que j’ai pris pour base de mon travail, tout imparfait qu’il est, en ce que, comme l’observe le Président actuel de ce corps savant (3), l’Académie chercha plutôt à satisfaire le besoin où l’on était alors d’un pareil recueil, qu’à le rendre parfait, fit du moins pressentir comment un bon Dictionnaire de la langue russe pourrait être rédigé. Aussi les progrès faits, depuis cctle époque, dans l’étude comparative des langues en général et des idiomes slavons en particulier, ainsi que les nombreuses acquisitions dont s’est enrichie et s’enrichit chaque jour la langue russe, donnent-ils le moyen de porter le premier travail de l’Académie à un certain degré de perfection. C’est ce que j’ai tenté de faire, selon mes forces, dans l’Essai que je présente aujourd’hui aux Russes et aux étrangers, me proposant plus tard, si mon travail trouve un accueil bienveillant auprès du public éclairé, de perfectionner mon ouvrage et de donner plus d’extension à mes recherches et à mes investigations étymologiques.

Considérée dans son état actuel et sous le point de vue étymologique, la langue russe est composée de mots qui peuvent être rangés sous six classes différentes : 1) Les mots slavons, qui lui sont propres ainsi qu’au dialecte ecclésiastique, et dont plusieurs ont une grande affinité et une origine commune avec les termes sanscrits, persans, grecs, latins et allemands ; 2) Les mots russes proprement dits, qui ne se retrouvent ni dans l’idiome de l’église, ni dans les autres dialectes slavons ; 3) les mots grecs, qui, introduits dans le temps où la Russie embrassa le christianisme, sont pour la plupart relatifs aux objets du culte ; 4) les mots tatares ou turcs, importés dans le temps de la domination des Mongols, ou empruntés antérieurement des nations de race tatare ; 5) les mots latins, qui sont en très-petit nombre et qui désignent une vocation, un rang quelconque ; 6) les mots allemands, français, anglais, hollandais, italiens, et d’autres, qui, empruntés des idiomes modernes de l’Occident, sont relatifs à la partie administrative, à l’art militaire, à la navigation, aux sciences, aux arts.

Parmi tous ces termes, les mots slavons sont ceux qui forment la majeure partie du vocabulaire de la langue russe. Ce sont les seuls aussi qui, sortis d’une souche déterminée, et formés sur des principes constants de dérivation, peuvent être soumis à une décomposition méthodique. Quant aux autres, qui ont été importés dans la langue russe tout faits, d’un seul jet, et que je qualifie, par rapport à l’étymologie, du nom de mots etrangers, si l’on veut les analyser, il faut, pour connaître d’après quels principes de dérivation ils sont composés, recourir à l’idiome d’où ils sont tirés. Ainsi, lorsqu’il se présente un de ces termes, je me contente de citer dans le Dictionnaire le mot de l’idiome auquel la langue russe a emprunté ce terme, c’est ce que j’appelle l’étymologie des mots ; tandis que pour les termes slavons je donne, toutes les fois qu’il y a lieu, les mots primitifs et équivalents, sanscrits, persans, grecs, latins, allemands, arabes et hébreux, e’est ce que je nomme la comparaison des racines ; et pour éviter les erreurs où sont tombés quelques Lexicographes en citant des termes orientaux qui n’ont jamais existé, j’ajoute, en forme de notes, dans leurs caractères propres, tous les mots empruntés aux langues orientales.

Les mots primitifs ou les racines de la langue slavonne-russe ne se montent guère qu’à environ seize-cents, et quelques-unes de ces racines ou souches sont si fécondes qu’elles ont produit jusqu’à 200 et même 250 tiges ou mots dérivés, qui tous conservent non-seulement la signilication primordiale, mais aussi, presque sans altération, les lettres radicales du mot primitif, ainsi qu’on peut s’en convaincre par les familles des mots radicaux Вѣдать, Идти, Иму et une infini te d’autres.

Pour mieux distinguer les mots primitifs, ou racines, des mots dérivés, cinq espèces de caractères typographiques ont été employés dans l’impression du Dictionnaire, savoir: les lettres grandes égyptiennes pour les radicaux slavons ; les petites égyptiennes pour les dérivés qui, ayant jeté plusieurs ramifications, sont devenus à leur tour primitifs ; les petites capitales pour les différents verbes prépositionnels qui ont donné naissance à un certain nombre de dérivés ; les grandes capitales pour tous les mots étrangers, et enfin le romain pour tous les dérivés ordinaires (4).

Cette méthode de classer ainsi les mots d’une langue selon l’ordre de leur dérivation, offre de grands et précieux avantages. Présenter à la suite les uns des autres des mots de sens différents, comme dans les Lexiques ordinaires, c’est occuper la mémoire seule ; l’esprit n’y est pour rien ; tandis que donner à la fois tous les mots de la même famille, c’est occuper l’intelligence et fortifier la mémoire. Le lecteur, en cherchant un mot, apprend, sans le vouloir pour ainsi dire, une infinité de mots homogènes, dont les acceptions ne sont que des nuances les unes des autres, et qui ne diffèrent que par leurs désinences et leurs augments initiaux. Mais, m’objectera-t-on, comment trouver par cette méthode les mots dont on aura besoin? A cela je répondrai que, quoique ce Dictionnaire soit rédigé sur un nouveau plan, il n’en conserve pas moins l’ordre analogique des Lexiques ordinaires, avec la seule différence qu’il renferme un double ordre alphabétique, l’un pour les mots primitifs soit slavons soit étrangers, et l’autre pour les dérivés, de façon que chaque mot radical présente à lui seul, dans l’ordre alphabétique, le Vocabulaire partiel des dérivés qui composent sa famille. Enfin pour faciliter l’usage de ce Dictionnaire et le mettre à la portée de tout le monde, il est terminé par une Table alphabétique générale de tous les mots qu’il contient, avec l’indication de la page où chacun d’eux se trouve expliqué. Cependant j’ose affirmer ici que, pour peu que l’on connaisse les principes de la formation des mois dans la langue russe, principes qui sont aussi ceux de leur décomposition, on pourra, lorsqu'on aura fait usage quelque temps de ce Dictionnaire, se passer presque entièrement de recourir à celle Table alphabétique. Ces principes se trouvent développés dans l’Abrégé de Grammaire en tète du Dictionnaire, qui, extrait de ma traduction française de la Grammaire raisonnée de la langue russe de Mr Gretsch, est destiné en même temps à servir de complément au Dictionnaire, toutes les diverses inflexions des mots se trouvant présentées dans des tableaux synoptiques de déclinaisons et de conjugaisons.

Il me reste maintenant à offrir le tribut de ma reconnaissance aux philologues qui m’ont aidé de leurs conseils et de leurs lumières. Et d’abord je nommerai les commissaires chargés par l'Académie Impériale des Sciences d’examiner le manuscrit de ce Dictionnaire: ce sont MMrs les Académiciens Krug, Graefe et Charmoy, ainsi que MMrs Vostokof et Gretsch, Membres correspondants de cette Académie, qui tous, après avoir parcouru l’ouvrage, m’ont communiqué un grand nombre d’observations judicieuses et importantes, dont j’ai profité avec le plus vif intérêt. Je dois particulièrement exprimer toute ma gratitude à Mr Gretsch, qui, malgré ses nombreuses occupations, a relu avec moi les épreuves et surveillé en général l’impression de l’ouvrage ; — à Mr Charmoy, qui sur chaque feuille d’épreuve a complété le nombre des étymologies orientales ; — à Mr Oussof, qui m’a communiqué plusieurs notes relatives aux sciences commerciales, et enfin à S. E. Mr d’Adelung, qui m’a fourni tant de sa propre bibliothèque que de celle de l’Institut oriental tous les secours dont je pouvais avoir besoin pour mon travail.

En terminant cette Préface je ferai encore deux observations assez importantes. D’abord, voulant éviter un écueil assez commun dans la science étymologique, je me suis abstenu des étymologies hasardées, et me suis borné à celles qui sont certaines et incontestables. Ensuite, mon ouvrage n’étant qu’un Dictionnaire russe-français à l’usage de ceux qui s’occupent de ces deux idiomes, je n’ai point eu la prétention d’en faire un Dictionnaire comparatif de toutes les langues. J’ai essayé seulement, en m’écartant de la route ordinaire, de tracer la marche que l’on pourrait suivre pour faire un Dictionnaire étymologique de la langue russe, de cette langue qui, malgré les fréquentes variations qu’elle a éprouvées dans le cours des siècles, a conservé plus que ses sœurs, filles comme elle du slavon, le caractère d’antiquité et d’originalité de la langue-mère, de cette belle langue enfin qui, d’après les paroles de Karamzine, maniée par le talent et le goût d'un homme de génie, peut aujourd’hui égaler en force, en beauté et en délicatesse les plus beaux idiomes tant anciens que modernes.

St-PÉTERSBOURG 6/18 janvier 1835.

Philippe Reiff

(de Neuchâtel en Suisse.)

(1) S. E. Мг Paul Démidof, Chambellan de la Cour impériale de Russie, désirant concourir aux progrès des sciences et de la littérature dans sa patrie, consacre annuellement, à dater de l’année 1831, pendant sa vie, et encore pendant 25 années après sa mort, la somme de 20,000 roubles assignats, pour être partagés en quatre prix et distribués à ceux qui par leurs ouvrages auront, dans le courant de l’année, enrichi la littérature russe. À cette somme il ajoute encore chaque année 5,000 roubles, afin d’alléger les frais d’impression des ouvrages manuscrits qui auront été couronnés par l’Académie Impériale des Sciences, chargée de la distribution de ces prix.

(2) L’Académie Impériale Russe a été fondée le 21 octobre 1783, et le Dictionnaire qu’elle a publié, a paru en 1789—1794, 6 vol. in-4°.

(3) Mr de Chichekof, dans ses Observations sur le projet de refondre entièrement le Dictionnaire russe, article que j’ai traduit eu français, et qui se trouve dans les Recherches sur les racines des idiomes slavons, St-Pétersbourg, 1832.

(4) Voyez pour exemple la famille du primitif ВѢДАТЬ (page 141). La racine Вѣд y est indiquée par les lettres grandes égyptiennes, racine qui se conserve, avec la mutation constante de la consonne д, dans tous les dérivés, et la terminaison ать y est notée par le texte ordinaire ; ВѢСТЬ, ВѢСТЙТЬ, НЕВѢСТА, СОВѢСТЬ, en petites égyptiennes, dénotent des dérivés du premier degré, qui ont produit un assez bon nombre de mots ; Вывѣдывать, Завъдывать, Повѣдать, etc., en petites capitales, indiquent les verbes prépositionnels, et Вѣдѣніе, Вѣдунъ, Вѣдомость, Вѣжливый, etc. en lettres romaines, désignent des dérivés ordinaires. A la même page les mots ВЫТЬ, ВЫХУХОЛЬ, ВЬЮКЪ, en grandes capitales, indiquent des termes étrangers à la langue slavonne, mais qui cependant sont naturalisés dans la langue russe.

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À télécharger ce Dictionnaire en PDF :
https://rusneb.ru/catalog/000199_000009_003819739/ - tome premier
https://rusneb.ru/catalog/000199_000009_003819738/ - tome deuxième
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