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Entretien avec les responsables des agences de presse internationales, le 5 juin 2024 (Version complète !)

Publié : 12 juin 2024, 10:11
par Valerik
Le Président Poutine a eu un entretien avec les responsables des principales agences de presse du monde
5 juin 2024 23:15 Saint-Pétersbourg

Des représentants d'agences de presse d'Azerbaïdjan, de Biélorussie, de Kazakhstan, des États-Unis, d'Ouzbékistan, de Chine, d'Iran, de Grande-Bretagne, de Turquie, de Corée [du Sud — NdT], d'Italie, d'Allemagne, du Japon, d'Espagne et de France ont participé à la conversation. La Russie était représentée par le directeur général de TASS, Andrei Kondrachov.
* * *
A. Kondrachov : Cher Vladimir Vladimirovitch, chers invités !

Avant de commencer notre conversation, permettez-moi de vous remercier, Vladimir Vladimirovitch, pour toutes ces années où vous avez contribué à préserver une merveilleuse tradition. Cette tradition veut que l'agence de presse russienne TASS réunisse ses collègues étrangers pour s'entretenir avec vous. Et je ne sais pas comment vous faites pour trouver le temps, dans votre emploi du temps très chargé, de conférer chaque fois avec des journalistes étrangers.

V. Poutine :
Ne vous a-t-on proposé de visiter ce bâtiment [Centre Lakhta* — NdT] ?

A. Kondrachov : On nous l'a proposé. Après cet entretien nous monterons probablement sur le toit.

V. Poutine :
N'y acceptez pas.

A. Kondrachov : Est-ce interdit ? Dangereux ?

V. Poutine :
Non. Vous ne réussirez pas à échapper aux pattes tenaces de monsieur Miller**. Pendant trois heures, il détaille chaque élément de ce bâtiment. Il en est amoureux. Impossible d'y échapper.

A. Kondrachov : Avez-vous aimé ce bâtiment ?

V. Poutine :
Oui, bien sûr.

A. Kondrachov : Comment voit-on Saint-Pétersbourg depuis le 87e étage ?

V. Poutine :
Magnifique. J'espère que vous l'aimerez aussi, si vous y allez.

A. Kondrachov : Devant vous, Vladimir Vladimirovitch, il y a aujourd'hui 16 pays représentés par leurs principales agences de presse. En général, nous aurions dû être plus nombreux. Mais nos collègues indiens et brésiliens n'ont pas pu venir parce qu'ils résument les résultats des récentes élections. Quant à notre collègue égyptien, il s'est cassé la jambe juste avant la réunion et nous lui souhaitons un prompt rétablissement. Et à ceux qui sont arrivés, nous souhaitons la bienvenue dans cette merveilleuse ville, l'une des plus belles du monde, la ville de Saint-Pétersbourg, et dans ce nouveau lieu à la mode qu'est le Centre Lakhta.

Les personnes qui se trouvent devant vous, Vladimir Vladimirovitch, nous l'avons compté, représentent environ 80 % du flux d'informations mondial. Depuis notre rencontre précédente, nombre des pays qu'ils représentent sont soudain devenus inamicaux à l'égard de la Russie. Mais peut-être est-il et sera-t-il plus intéressant de voir de quoi ces pays respirent, quelles sont les questions qu'ils considèrent comme les plus importantes pour eux.

D'une manière générale, bien qu'il s'agisse de la huitième réunion et que nous soyons heureux de constater qu'elle se tient l'année où la TASS célèbre son 120e anniversaire, il s'agira probablement aussi de la première réunion dans des conditions de tension internationale aussi forte. On a l'impression que le monde est devenu fou, que des quidams le poussent délibérément vers une catastrophe.

Nous espérons vivement qu'à l'issue de cet entretien nous nous rapprocherons au moins un peu plus de la manière de réduire le degré de cette tension, le degré de ces deux poids deux mesures, de cette incompréhension réciproque et de cette inimitié pure et simple.

Chers collègues, en tant que modérateur de l'agence TASS, je vais donner à chacun d'entre vous l'occasion de poser votre question principale. La possibilité de poser la deuxième question et les questions suivantes dépend uniquement du Président de la Russie.

Et nous avons aussi une merveilleuse tradition : nous donnons le premier mot à la meilleure moitié de l'humanité — les femmes. Pourquoi ? Parce qu'en Russie, les femmes sont traditionnellement traitées non seulement avec respect, mais aussi avec amour et admiration.

La première question est donc posée par notre charmante Irina Akoulovitch, directrice générale de l'agence BelTA, l'agence télégraphique biélorusse. Vladimir Vladimirovitch, elle a aussi une formation musicale, alors comptons sur elle pour donner le ton à toute notre conversation.

Irina Borissovna, votre question.

V. Poutine :
Si vous le permettez, je voudrais vous souhaiter la bienvenue à tous. Vous avez dû être retenus dans cette tour pendant une demi-journée — je m'en excuse. Je le répète : il est très difficile d'échapper aux griffes du PDG de Gazprom, qui vous dit tout sur chaque élément et vous transmet son optimisme.

Les gens ici sont très informés, je ne peux pas imaginer ce que je pourrais vous dire que vous ne sachiez pas. Vous savez tout, et vous savez mieux que moi. Quoi que je dise, vous penserez toujours que vous savez mieux que moi. Je propose donc que nous organisions pas une soirée de questions-réponses, mais un échange de points de vue. Ce serait plus intéressant. Et je serais ravi d'entendre vos opinions sur les questions qui vous intéressent.

Je crois que c'est tout ce que j'avais à dire pour commencer.

Irina Borissovna, s'il vous plaît.

I. Akoulovitch : Merci.

Bonjour, Vladimir Vladimirovitch !

Merci beaucoup de nous avoir donné l'occasion de nous entretenir avec vous. Nous comprenons très bien que votre emploi du temps est très chargé. Non seulement nous attendons cette réunion, mais les plus grandes agences et les plus grands médias du monde la suivent également, bien entendu.

Mais je voudrais dire qu'il me semble que le droit de poser la première question m'a été accordé non seulement parce que nous essayons de réglementer les questions de genre ici, mais aussi parce que la Biélorussie est le pays le plus proche de la Russie. Ici il ne s'agit pas d'une question, mais d'un échange d'opinions et, bien entendu, d'une déclaration.

Vous avez rencontré Alexandre Loukachenko au milieu des années 90, ce qui signifie que vous connaissez notre Président depuis environ 30 ans. L'histoire de nos pays et nos relations mutuelles ont connu des périodes très différentes, mais vous avez toujours réussi à trouver une solution à n'importe quel problème : questions de sécurité, problèmes économiques. J'aimerais vous demander si c'est facile ou difficile pour vous aujourd'hui ? Et y a-t-il des dirigeants de l'Union européenne avec lesquels vous pourriez résoudre des problèmes difficiles aujourd'hui ? Merci de votre attention.

V. Poutine :
Oui, le Président de la Biélorussie et moi-même, nous nous connaissons depuis longtemps. En effet, nos relations se sont développées différemment selon les époques. Mais comme nos relations sont fondées sur les intérêts fondamentaux des deux peuples (russien et biélorusse), nous avons toujours été en mesure de trouver des solutions aux questions les plus complexes qui semblent ne pas avoir de réponses simples. C'est pourquoi nous nous sommes d'abord engagés et continuons aujourd'hui à travailler à la construction de l'État Allié***, et nous nous en sortons bien. Nous le faisons en fonction de l'état d'esprit de nos peuples, nous le faisons très calmement et prudemment.

Nous tenons toujours compte de nos intérêts, en premier lieu dans le domaine de l'économie, de la politique, y compris de la politique étrangère, lorsque nous abordons une question ou faisons un pas dans cette direction. Aussi étrange que cela puisse paraître, nous le faisons aussi dans les domaines de l'écologie et de la culture. L'ensemble de ce complexe, c'est-à-dire tout ce qui nous unit, nous permet toujours de résoudre de petits problèmes, peut-être d'une matière compliquée, s'ils se présentent.

Vous savez, le volume est tel qu'il y a toujours quelque chose à faire. Notre chiffre d'affaires en dollars (ce n'est pas un secret, tout le monde le sait bien) est de 48 milliards de dollars, presque 50 milliards de dollars. C'est un volume sérieux.

Ces relations économiques sont très diversifiées. Cela s'applique également à l'agriculture — près de 90 % de toutes les exportations biélorusses sont destinées au marché russien dans le domaine de l'agriculture, de la production industrielle et de la coopération. Nous venons d'en discuter à Minsk. Il pourrait paraître que déjà nous nous rencontrions tout le temps et que nous discutions de toutes les questions, et que mon voyage après ma réélection en tant que Président de la Russie aurait été d'une nature symbolique et rituelle. Mais non. Les principaux membres du gouvernement étaient réunis et il y a eu des différends. Il s'agissait de la coopération industrielle, des niveaux de localisation de la production, il s'agissait — c'est une question traditionnelle, néanmoins — des volumes de fournitures de nos produits, le pétrole tout d'abord, aux raffineries biélorusses, il s'agissait des fournitures mutuelles de produits pétroliers sur le marché russien. En d'autres termes, il s'agit de questions très spécifiques, absolument tangibles, dont dépend, bien entendu, la qualité de vie de nos citoyens.

Et je le répète une fois de plus : la nature et l'attitude bienveillantes des sociétés de part et d'autre permettent toujours de trouver des solutions. Vous savez, elles sont parfois non triviales, aussi étrange que cela puisse paraître, étant donné que nous avons un tel volume de relations et que tout semble se dérouler comme d'habitude. Non, il faut toujours faire des efforts pour trouver des réponses aux questions qui se posent. Tout se passe bien et je suis sûr que cela va continuer.

I. Akoulovitch : Il n'y a donc pas de problèmes compliqués avec la Biélorussie.

V. Poutine :
Si, il y a des problèmes compliqués.

I. Akoulovitch : Mais une solution peut être trouvée.

V. Poutine :
Mais nous trouvons toujours une solution, parce que ces décisions sont fondées sur les intérêts des deux peuples, de part et d'autre.

I. Akoulovitch : Peut-on trouver de telles solutions avec les dirigeants de l'Union européenne ?

V. Poutine :
Nous pouvons également trouver des solutions avec ces dirigeants, s'ils assurent son maintien et s'ils acquièrent plus de courage pour défendre leurs intérêts nationaux. Je pense que mes collègues ici présents en parleront probablement.

A. Kondrachov : Merci, Irina Borissovna.

J'invite Mme Samia Nakhoul, rédactrice en chef de l'agence de presse britannique Reuters, à poursuivre notre conversation. Samia a parcouru un grand nombre de points chauds et a été très grièvement blessée en Irak. Veuillez poser votre question, Madame Nakhoul.

V. Poutine :
Et quand cela vous est-il arrivé en Irak ?

S.Nakhoul : Pendant l'invasion en 2003.

V.Poutine :
Je vois.

S.Nakhoul : Merci de nous avoir accueillis.

Monsieur le Président, compte tenu de votre récente interaction avec le Président Trump et avec le Président Biden, pourriez-vous nous donner votre vision de celui que vous préféreriez comme candidat pour la relation entre États-Unis et Russie, compte tenu de la guerre actuelle qui se déroule en Ukraine en ce moment même ?

V. Poutine :
Je l'ai déjà dit : tout le monde a accueilli ma déclaration sur monsieur Biden avec des ricanements et y a vu une sorte d'« attaque » cachée contre le Président Biden. En effet, c'est un politicien de la vieille école, et ce qu'il n'aimait pas, il a ensuite, dans une certaine mesure, commencé à m'attaquer. C'est ce que je pensais. J'ai donc raison, il est prévisible. Cela ne fait que confirmer nos idées sur ce dont je parlais.

Si c'est le cas, au fond, nous nous en moquons. Parce qu'aussi monsieur Trump, qui a été accusé d'avoir presque espionné pour la Russie... D'après nous c'est un non-sens, juste une sorte de délire, ce n'était qu'un élément de lutte politique interne entre les démocrates et les républicains. Des accusations ridicules à l'encontre de Trump, c'est ce que nous avons toujours perçu comme un élément de lutte politique interne aux États-Unis. Tout cela a ensuite été confirmé par toutes sortes d'enquêtes à l'intérieur des États-Unis. Nous n'avons jamais eu de liens particuliers avec monsieur Trump.

Il n'en reste pas moins qu'en tant que Président il a commencé à imposer des sanctions massives à la Fédération russienne. Il s'est retiré du traité sur les missiles de portée intermédiaire et de courte portée. Tout cela s'est fait pendant sa présidence.

Bien sincèrement, je ne dirais pas qu'après l'élection quelque chose puisse changer dans la direction russienne de la politique américaine. Nous ne le pensons pas, nous pensons qu'il ne se passera rien de notable.

Ce qui se passe aux États-Unis, vous savez tous très bien ce qui s'y passe dans le cadre de la lutte politique interne, ils sont en train de se brûler de l'intérieur, leur État, leur système politique.

Je dois dire, soit-ce agréable ou pas de l'entendre, que leur supposé leadership dans le domaine de la démocratie est également brûlé sur pied. Car il est évident dans le monde entier que la persécution de Trump, en particulier devant les tribunaux, sur la base d'accusations fondées sur des événements qui se sont déroulés il y a des années, sans preuves directes, n'est rien d'autre que l'utilisation du système judiciaire dans le cadre d'une lutte politique interne, directement. Pour nous, en Russie, c'est évident. Je suis sûr que c'est également évident pour le Royaume-Uni, tout le monde le pense dans le monde entier. Et le plus important, c'est que les États-Unis eux-mêmes le pensent. Car après le fameux verdict du tribunal, où le jury a rendu un verdict de culpabilité, comme nous le savons tous, la cote de Monsieur Trump a augmenté, je pense, de 6 % immédiatement, et la collecte de fonds pour sa campagne a augmenté immédiatement.

Qu'est-ce que cela nous apprend ? Cela montre que les citoyens américains ne font pas confiance au système judiciaire qui prend ces décisions, mais qu'ils pensent au contraire qu'elles sont motivées par des considérations politiques.

Curieusement, que ce soit en matière de politique internationale, de politique intérieure ou de politique économique, je pense que l'administration actuelle commet une erreur après l'autre, l'une après l'autre. On est même parfois surpris quand on regarde ce qui se passe. Nous n'avons jamais interféré dans les processus politiques internes des États-Unis et nous n'allons pas le faire, mais nous verrons où cela nous mènera.

Je voudrais achever la réponse à votre question par le retour à ce par quoi j'ai commencé. Pour nous, le résultat final, comme nous le pensons, n'a pas beaucoup d'importance. Nous travaillerons avec n'importe quel Président que le peuple américain élira.

S. Nakhoul : A propos de l'Ukraine. Vous ne pensez pas que le soutien de l'Ukraine à la guerre changera si Trump revient ? Vous ne pensez pas qu'il y aura un changement ?

V. Poutine :
C'est difficile à dire. Je ne peux pas dire avec certitude si quelque chose va changer ou non. Vous comprenez, il faut regarder les priorités de la future administration.

Si la future administration est orientée vers les intérêts nationaux et si elle pense que l'intérêt national est de stabiliser la situation à l'intérieur du pays, de parier non pas sur l'immigration mais sur la consolidation de la société aux États-Unis, de se débarrasser des erreurs qui ont conduit à une inflation élevée et à une dette énorme aux États-Unis, alors, bien sûr, sur la base de l'intérêt national intérieur, si elle agit de cette manière, elle poursuivra les objectifs du libéralisme mondial. Il s'agit d'une aspiration à être le leader du libéralisme mondial.

S'ils sont guidés par les intérêts nationaux, alors il pourrait y avoir des changements dans la politique étrangère à l'égard de la Russie et du conflit en Ukraine. Mais, comme vous le comprenez, j'ai dit « si », « si », « si ». Dans ce cas, des changements sont possibles.

Mais je pense que vous serez d'accord avec moi pour dire que personne aux États-Unis ne s'intéresse à l'Ukraine. Ils vissent à la grandeur des États-Unis, ils se battent non pas pour l'Ukraine et non pas pour le peuple ukrainien, mais pour leur grandeur et leur leadership dans le monde, et ils ne veulent en aucun cas permettre le moindre succès de la Russie, précisément parce qu'ils pensent que, dans ce cas, le leadership des États-Unis sera mis à mal. C'est là tout l'intérêt de ce que font les États-Unis. Mais si la future administration change le vecteur de fixation des objectifs pour elle-même et voit le sens de son existence et de son travail dans le renforcement des États-Unis de l'intérieur, dans le renforcement de l'économie, des finances, dans l'établissement de relations normales dans le monde, plus respectueuses envers tout le monde, alors quelque chose pourrait changer. Cela dépend, à mon avis, de l'humeur du public. L'opinion publique évolue dans une certaine mesure dans cette direction, et si la future administration saisit ce vent dans ses voiles, alors le changement est possible.

A. Kondrachov : Merci, Madame Nakhoul.

C'est maintenant le tour des hommes de poser des questions au Président de la Russie. Je demande de le faire à Vougar Aliyev, Président du conseil d'administration de l'Agence de presse d'État azerbaïdjanaise.

Vougar Aliguéydarovitch, s'il vous plaît, votre question.

V. Aliyev : Bonjour Vladimir Vladimirovitch, merci pour le temps que vous nous accordez.

Aujourd'hui, les relations entre l'Azerbaïdjan et la Russie se développent de manière dynamique. La récente visite du Président Ilham Aliyev à Moscou nous a donné l'occasion non seulement de célébrer le 50e anniversaire de la Magistrale Baïkal-Amour, un anniversaire mémorable pour les deux pays, mais aussi de discuter des relations bilatérales.

Comment évaluez-vous les perspectives de coopération bilatérale, en particulier le développement du corridor de transport Nord-Sud ?

V. Poutine :
Nos relations se développent avec succès, de manière fiable et très pragmatique.

Vous savez, nous ressentons l'attitude des dirigeants azerbaïdjanais à l'égard de l'établissement de liens interétatiques sur la base d'un intérêt mutuel, et je dirais même un certain degré de sympathie l'un pour l'autre. Il n'y a pas d'autre moyen d'expliquer les 300 écoles qui fonctionnent en Azerbaïdjan travaillant et enseignant aux enfants en langue russe. Et je sais que le Président Aliyev soutient l'étude de la langue russe dans la république de toutes les manières possibles. Cela se voit dans tous les domaines.

Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que les dirigeants de l'Azerbaïdjan partent du principe que les citoyens de l'Azerbaïdjan auront besoin de la langue russe. Pourquoi ? Pour le développement des relations bilatérales. Et elles se développent.

Notre chiffre d'affaires total (je le répète, je parlerai en dollars) se situe, je pense, entre 4,5 et 4,6 milliards de dollars. Et le rythme est bon, le rythme de développement est très bon.

Nous diversifions de plus en plus nos relations. Et je suis sûr que si nous maintenons cette attitude des deux côtés, et en Russie nous avons la même attitude, je suis sûr que les résultats seront bons.

En ce sens, vous avez tout à fait raison, il y a beaucoup à faire en termes de développement de la logistique. Cela concerne non seulement la route Nord-Sud, mais aussi d'autres vecteurs, la construction de centres logistiques, y compris à la frontière entre la Russie et l'Azerbaïdjan sur le tronçon du Daghestan, les travaux y sont déjà en cours. Cela concerne d'autres directions : nous avons un grand nombre d'étudiants de l'Azerbaïdjan qui étudient en Russie, y compris sur une base budgétaire russienne, et nous constatons que les jeunes sont également très intéressés par l'éducation en Russie.

Quant à cette route Nord-Sud, elle pourrait devenir un corridor international très intéressant et très recherché. Elle pourrait devenir un très bon corridor international, très recherché, lorsque le fret du port de Saint-Pétersbourg, ici même, traversera toute l'Europe pour se rendre en Azerbaïdjan, puis en Iran, et enfin dans le golfe Persique. À mon avis, c'est presque 10 jours plus rapide qu'à travers le célèbre canal de Suez.

Nous ne voulons pas dire de mal, au contraire, le canal de Suez est bien nécessaire pour le commerce mondial. Mais ce sera un moyen supplémentaire et très efficace de livrer des marchandises au nord, au sud et vice-versa. À mon avis, 10 jours de moins, c'est une grosse économie, ce sera une route très efficace et très rentable.

Mais il reste encore beaucoup à faire. Nous travaillons des deux côtés. Je sais que le Président Aliyev soutient ce projet, nous en avons discuté à de nombreuses reprises. Les dirigeants iraniens le soutiennent également. Et comme il promet d'être très rentable, il y a aussi des investisseurs étrangers, des investisseurs extrarégionaux, des pays voisins, y compris des fonds arabes souverains, qui ont déclaré leur intérêt pour ce projet. C'est compréhensible, car les fonds souverains sont toujours à la recherche d'investissements fiables. Celui-ci fait partie des investissements fiables, car sa rentabilité sera assurée, garantie.

Certaines questions nécessitent des recherches supplémentaires. Comment financerons-nous les différentes sections, y compris le territoire de l'Azerbaïdjan ? S'agira-t-il d'un prêt, d'un financement direct de la Russie ? Comment cela s'articulera-t-il avec les branches qui iront vers l'ouest sur le territoire de l'Azerbaïdjan ?

Ensuite, nous devons tout finaliser avec nos partenaires et amis iraniens : comment allons-nous construire cette voie ? Sera-t-elle large ou étroite, tracée sur le territoire iranien ?

Mais le plus important, c'est que tout le monde est déterminé à la réaliser. Nous avons créé une direction, la banque VTB est activement engagée dans ce projet, et je ne doute pas que nous le réaliserons. La question, bien sûr, est celle du calendrier et du coût, mais ils ont été pratiquement finalisés. Il s'agit donc d'un très bon projet, mais ce n'est pas le seul que nous mettons en œuvre ensemble. Entre autres choses, l'Azerbaïdjan est un État de la Caspienne, membre des « Cinq » États de la Caspienne, et nous avons également de nombreux intérêts communs dans ce domaine, y compris des questions liées à l'écologie de la mer Caspienne.

A. Kondrachov : Merci, Vougar Aliguéydarovich !

Et maintenant, un mot pour le pays envers lequel vous, Vladimir Vladimirovitch, n'aurez probablement jamais d'attitude indifférente. Il s'agit de l'Allemagne.

Nous avons parmi nous Martin Romanczyk, chef du service de presse de l'agence de presse allemande Deutsche Presse-Agentur.

Soit dit en passant, Martin a une connaissance de première main de notre pays, car dans les années 90 il a travaillé comme correspondant de DPA à Moscou. M. Romanczyk, veuillez poser votre question.

M. Romanczyk (comme traduit) : Bonsoir, Monsieur le Président ! Bonsoir à tous !

Le Chancelier Scholz a accepté de fournir des armes à l'Ukraine. Dites-moi, s'il vous plaît, si Scholz change d'avis, comment l'évaluerez-vous ? Et que pensez-vous de ce qui attend l'Allemagne ? Avez-vous mis en garde, averti ou menacé Monsieur le Chancelier de quelque manière que ce soit lorsqu'il a pris la décision de fournir des armes à l'Ukraine ?

V. Poutine :
Pourquoi pensez-vous que nous menaçons quelqu'un ? Nous ne menaçons personne, et surtout pas le chef d'un autre État. C'est de mauvais aloi, pas du tout un bon ton.

Nous avons notre propre position sur certaines questions. Nous connaissons la position des États européens, y compris celle de la République fédérale, sur les événements qui se déroulent en Ukraine.

Tout le monde pense que la Russie a déclenché la guerre en Ukraine. Mais personne — je tiens à le souligner — personne en Occident, personne en Europe ne veut se rappeler comment cette tragédie a commencé. Elle a commencé par un coup d'État en Ukraine, un coup d'État inconstitutionnel. C'est le début de la guerre. Mais la Russie est-elle responsable de ce coup d'État ? Ceux qui tentent aujourd'hui d'accuser la Russie ont-ils oublié que les ministres des affaires étrangères de Pologne, d'Allemagne et de France sont venus à Kiev et ont signé le document sur le règlement de la crise politique interne afin de garantir une fin pacifique et constitutionnelle à la crise ? C'est une chose que l'Europe, y compris l'Allemagne, préfère ne pas se rappeler. Et si nous y repensons, la question se pose : pourquoi les dirigeants de la République fédérale, ainsi que les autres signataires de ce document, n'ont-ils pas exigé que les auteurs du coup d'État en Ukraine reviennent au cadre constitutionnel légal ? Pourquoi ont-ils négligé leurs obligations en tant que garants des accords entre l'opposition et le gouvernement en place à l'époque ? Ils sont responsables de ce qui s'est passé, tout comme les forces américaines qui ont provoqué la prise de pouvoir anticonstitutionnelle. Ne savez-vous pas ce qui s'en est suivi ? Ce qui a suivi, c'est la décision des habitants de la Crimée de faire sécession de l'Ukraine, ce qui a suivi, c'est la décision des habitants de Donbass de ne pas obéir à ceux qui ont fait le coup d'État à Kiev. C'est ainsi que ce conflit a commencé.

La Russie s'est ensuite efforcée de trouver une formule de règlement par des moyens pacifiques et, en 2015, elle a signé à Minsk les accords dits de Minsk, qui, soit dit en passant, ont été constitutionnalisés par une décision du Conseil de sécurité des Nations unies. Il s'agit d'un document qui aurait dû être mis en œuvre. Mais non, ils ont décidé de résoudre ce problème par des moyens armés. Ils ont commencé à utiliser l'artillerie, les chars et les avions contre les civils dans le sud-est de l'Ukraine. Pour une raison quelconque, ni en Allemagne, ni dans les autres pays européens, ni aux États-Unis — personne, je répète, personne ne veut s'en souvenir. Je le répète, personne ne veut s'en souvenir. Bon.

Nous avons contribué à la signature des accords de Minsk, mais il s'est avéré que personne ne se proposait de les mettre en œuvre. L'ex-chancelière allemande et l'ex-Président français l'ont tous deux déclaré publiquement.

Monsieur Romanczyk, comment doit-on comprendre cela ? Ils ont déclaré publiquement qu'ils n'allaient pas respecter les accords de Minsk, mais qu'ils les avaient signés uniquement pour armer l'Ukraine et créer les conditions nécessaires à la poursuite des hostilités. Nous avons été menés par le bout du nez. N'est-ce pas ? Comment expliquer autrement ce qui se passait ?

Durant huit ans nous essayions de trouver une solution pacifique à ce problème. Huit ans !

L'ex-chancelière m'a dit un jour : « Vous savez, au Kosovo, oui, nous avons agi, l'OTAN a agi sans décision du Conseil de sécurité. Mais il y a eu huit ans d'effusion de sang au Kosovo ». Et ici, lorsque le sang du peuple russe a été versé dans le Donbass, n'était-ce pas du sang, mais de l'eau ? Personne ne voulait y penser ni le remarquer.

En fin de compte, qu'est-ce que nous avons été contraints de faire lorsque les autorités ukrainiennes qui étaient au pouvoir à l'époque ont déclaré qu'elles n'aimaient aucune clause des accords de Minsk et que le ministre des affaires étrangères a dit qu'ils ne les respecteraient pas ?

Vous rendez-vous compte que la dégradation économique et sociale a commencé dans ces territoires ? Huit ans. Je ne parle même pas des meurtres, des meurtres constants de personnes : femmes, enfants, etc.

Qu'avons-nous été contraints de faire ? Nous avons dû reconnaître leur indépendance. Nous n'avons pas reconnu leur indépendance pendant près de huit ans. Nous avons attendu de pouvoir nous mettre d'accord pacifiquement et de résoudre ce problème. Huit ans ! Lorsqu'il a été annoncé que personne ne mettrait en œuvre les accords de paix, qu'avons-nous été contraints de faire ? Nous avons dû tenter de les forcer à le faire par des moyens armés.

Nous n'avons pas commencé cette guerre. La guerre a commencé en 2014 après le coup d'État et la tentative d'écraser par les armes ceux qui n'étaient pas d'accord avec le coup d'État.

Et maintenant, pour ceux qui suivent les événements internationaux, le droit international. Que s'est-il passé ensuite, qu'avons-nous fait ? Nous ne les [républiques du Donbass - NdT] avons reconnu pendant huit ans. Lorsque nous avons compris que les accords de paix de Minsk n'étaient pas destinés à être mis en œuvre, qu'avons-nous fait ? Je demande l'attention de tous, s'il vous plaît : nous avons reconnu l'indépendance de ces républiques autoproclamées. Pouvions-nous le faire ou non, du point de vue du droit international ? Comme le dit l'article premier de la Charte des Nations unies, nous le pouvions. Il s'agit du droit des nations à l'autodétermination. Et la Cour internationale des Nations unies a décidé (c'est également écrit sur le papier) que lorsqu'un territoire d'un pays prend une décision sur la question de l'indépendance et de l'autodétermination, il n'est pas obligé d'en appeler aux autorités supérieures de cet État. Tout cela a été fait dans le cas du Kosovo. Mais il existe une décision de la Cour internationale de justice des Nations unies, qui stipule que si un territoire décide de l'indépendance, il n'est pas obligé de demander à la capitale l'autorisation d'exercer ce droit. Mais si c'est le cas, et que c'est écrit dans la décision de la Cour de justice des Nations unies, alors ces républiques non reconnues — Donetsienne et Louganienne — avaient le droit de le faire. Elles l'ont fait, et avions-nous alors le droit de reconnaître ces républiques ? Bien sûr que oui. Comment aurions-nous pu le faire ? Nous les avons reconnues. Puis nous avons conclu un accord avec elles. Pouvions-nous ou non conclure un traité avec elles ? Oui, bien sûr. Le traité prévoyait une assistance à ces États en cas d'agression. Mais Kiev a mené une guerre contre ces États, que nous avons reconnus huit ans après. Huit ans.

Aurions-nous pu les reconnaître ? Oui. Et ensuite, conformément à l'article 51 de la Charte des Nations unies, nous les avons aidés. Vous savez, quoi qu'on dise ici, j'ai dit la même chose à Monsieur Guterres, cette logique, étape par étape. Où est l'erreur ? Où sont les violations du droit international ? Il n'y en a pas, de ces violations, du point de vue du droit international.

Oui, puis nous entendons la réponse : « Eh bien, vous avez quand même attaqué ». Non, nous n'avons pas attaqué, nous nous sommes défendus, c'est clair pour tout le monde. Et le premier pas vers la guerre a été fait par ceux qui ont encouragé le sanglant coup d'État anticonstitutionnel.

Parlons maintenant des livraisons d'armes. Fournir des armes à une zone de conflit est toujours une mauvaise chose. Surtout si elle est liée au fait que ceux qui les fournissent ne se contentent pas de fournir des armes, mais qu'ils contrôlent également ces armes, ce qui est très grave et très dangereux. Nous savons, et la République fédérale ne le nie pas (je ne sais pas comment cela s'est retrouvé dans la presse), qu'un général de la Bundeswehr discute de l'endroit et de la manière de frapper : le pont de Crimée ou d'autres objets sur le territoire russien, y compris sur un territoire dont personne ne doute qu'il appartienne à la Russie.

Lorsque les premiers chars allemands, de fabrication allemande, sont apparus sur le sol ukrainien, cela a déjà provoqué un choc moral et éthique en Russie, car l'attitude de la société russienne à l'égard de la République fédérale a toujours été très bonne. Très bonne. Aujourd'hui, lorsqu'on dit que d'autres missiles vont frapper des objets sur le territoire de la Russie, cela finit bien sûr par détruire les relations russieno-allemandes. Mais nous sommes conscients que, comme l'a dit l'un des célèbres hommes politiques allemands après la Seconde Guerre mondiale, la République fédérale d'Allemagne n'a jamais été, au sens plein du terme, un État souverain. Nous avons été en contact avec Monsieur Scholz, nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises, et je ne veux pas donner d'évaluation de la qualité du travail du gouvernement fédéral, mais ces évaluations sont données par le peuple allemand, par l'électorat allemand. Les élections au Parlement européen approchent et nous verrons ce qu'il en est. Pour autant que je sache — bien sûr, je ne suis pas indifférent à l'Allemagne, j'y ai beaucoup d'amis que j'essaie de ne pas toucher, afin de ne pas les exposer à une forme d'obstruction à l'intérieur du pays, j'essaie de ne pas entretenir de relations avec eux — mais je connais ces personnes depuis de nombreuses années, je sais que ce sont des amis fiables, et j'ai beaucoup d'entre eux en Allemagne. Je sais donc que l'équilibre des forces dans l'arène politique, d'après ce que j'ai compris, si je ne me trompe pas, la CDU/CSU se situe maintenant autour de 30 %, les sociaux-démocrates ont 16 %, l'Alternative pour l'Allemagne a déjà 15 %, et tous les autres sont en train de chuter. Telle est la réponse de l'électeur. C'est l'état d'esprit des Allemands, l'état d'esprit du peuple allemand.

Je comprends la dépendance de la République fédérale dans le domaine de la défense, dans le domaine de la sécurité en général. Je comprends la dépendance dans le domaine de la politique, de la politique de l'information, parce que, où que vous alliez, dans n'importe quelle grande publication (je ne sais pas où vous travaillez), le bénéficiaire final est une fondation américaine. Dieu merci — j'applaudis ces fondations américaines et ceux qui poursuivent cette politique, — bravo pour avoir maintenu le domaine de l'information en Europe si fermement dans le sens de leurs intérêts. Et ils essaient aussi de ne pas exhiber leurs oreilles.

Tout cela est compréhensible. Mais l'impact est énorme et il est très difficile d'y résister. C'est compréhensible. Mais il y a des choses élémentaires — à propos de ces choses élémentaires. Il est même étrange que personne, parmi les dirigeants allemands actuels, ne défende les intérêts de l'Allemagne. Il est clair que l'Allemagne ne jouit pas d'une pleine souveraineté, mais il y a des Allemands. Nous devrions penser à leurs intérêts, ne serait-ce qu'un peu.

Regardez : on a fait sauter ces pipelines de malheur au fond de la mer Baltique. Personne ne s'indigne, comme si c'était la chose à faire. Nous fournissons du gaz à l'Europe à travers le territoire de l'Ukraine. Nous le fournissons. Il y avait deux réseaux de gazoducs, et la partie ukrainienne en a fermé un, a vissé la vanne, l'a fermé et c'est tout, bien qu'il n'y ait aucune raison de le faire. Il n'y a plus qu'un seul réseau de gazoducs — d'accord. Mais c'est par là que le gaz est acheminé vers l'Europe, et que les consommateurs européens reçoivent ce gaz. Notre gaz est également acheminé vers l'Europe par la Turquie via le Turkish Stream, et les consommateurs européens le reçoivent.

D'accord, un tuyau de Nord Stream a explosé, mais un autre tuyau de Nord Stream est en vie, Dieu merci. Pourquoi l'Allemagne ne veut-elle pas recevoir notre gaz par ce tuyau ? Quelqu'un peut-il nous expliquer quelle est la logique ? On peut le faire passer par l'Ukraine, par la Turquie, mais pas par la mer Baltique. Qu'est-ce que c'est que ce non-sens ? Il n'y a aucune logique formelle là-dedans, je ne la comprends même pas.

Ils diraient que l'Europe ne devrait pas recevoir de gaz du tout. D'accord, nous nous en remettrons, Gazprom s'en remettra. Mais vous n'en avez pas besoin, vous devez acheter du gaz naturel liquéfié coûtant les yeux de la tête qui est transporté à travers l'océan. Vos « écologistes » ne savent-ils pas comment le gaz naturel liquéfié est produit ? Par la fracturation. Demandez aux habitants des États-Unis où l'on produit ce gaz, ils obtiennent parfois de la boue à la place de l'eau dans leurs robinets. Vos « écologistes » qui sont au pouvoir au sein du gouvernement ne le savent-ils pas ? Probablement, ils le savent.

La Pologne a fermé sa branche Yamal-Europe. Le gaz était acheminé vers l'Allemagne via la Pologne. Ce n'est pas nous qui l'avons fermée, mais les Polonais. Vous connaissez mieux que moi l'effet sur l'économie allemande de la rupture de nos liens dans le secteur de l'énergie. C'est un triste résultat. De nombreuses grandes entreprises industrielles cherchent un endroit où s'implanter, et pas seulement sur le territoire allemand. Elles s'implantent aux États-Unis et en Asie, mais les conditions commerciales sont telles qu'elles ne sont plus compétitives. Cela peut d'ailleurs avoir de graves conséquences pour l'économie européenne dans son ensemble, car l'économie allemande (tout le monde le sait bien, sans vouloir offenser les autres Européens) est la locomotive de l'économie européenne. Si elle éternue et tousse, tous les autres vont immédiatement attraper la grippe. L'économie française est également au bord de la récession en ce moment, tout le monde le sait. Et si l'économie allemande s'effondre, c'est toute l'Europe qui tremblera.

Vous savez, je n'appelle pas à la rupture des liens euro-atlantiques, je ne le veux pas, sinon ils commenceront (vous ou pas), quelqu'un entendra ce que je dis et dira : il appelle à une rupture de la solidarité euro-atlantique. Non, écoutez, vous avez là, je pense, une politique erronée, une erreur grossière à chaque étape. Je pense que pour les États-Unis eux-mêmes ce qui se passe aujourd'hui est une erreur capitale. En voulant conserver le leadership, et par des moyens tels que ceux qu'ils utilisent, ils se nuisent à eux-mêmes. Mais c'est encore pire pour l'Europe. Oui, vous pourriez dire : « Nous vous soutenons ici, ici et ici, mais ceci est à nous. Ecoutez, si nous minons notre économie, ce sera mauvais pour tout le monde. Nous ne devons en aucun cas faire cela, nous sommes contre, c'est tabou, n'y touchez pas ».

Mais le gouvernement fédéral actuel ne le fait même pas. Franchement, je suis parfois perdu : où est la logique derrière ce comportement ? Bon, on se proposait de saper l'économie russienne et pensaient que cela se produirait dans les trois, quatre ou six mois. Mais tout le monde peut constater que ce n'est pas le cas. L'année dernière, notre économie a progressé de 3,4 % ; cette année, au cours du premier trimestre, l'économie russienne a progressé de 5,4 %. En outre, la Banque mondiale a recalculé (nous nous sommes fixé cet objectif), selon les structures financières et économiques internationales, que nous occupions la cinquième place en termes de parité de pouvoir d'achat dans le monde et que nous nous étions fixé l'objectif d'atteindre la quatrième place. Je pense que vous suivez ce que pensent les collègues des institutions financières internationales. La Banque mondiale a récemment, la semaine dernière je crois, recalculé notre PIB et est arrivée à la conclusion que nous sommes en train de dépasser le Japon. Selon la Banque mondiale, la Russie est désormais la quatrième économie mondiale en termes de parité de pouvoir d'achat. Cet objectif a donc été atteint.

Ce n'est pas ce qui est important, bien sûr, ce n'est pas une fin en soi. Il est important de maintenir le rythme, de continuer à avancer, et c'est ce que nous avons réussi à faire jusqu'à présent, car au premier trimestre, comme je l'ai déjà dit, la croissance du PIB s'est élevée à 5,4 %. Mais à quoi bon dis-je cela ? Pas pour me vanter, mais pour que ceux qui essaient de nous entraver, de nous nuire et de ralentir notre développement se rendent compte que ce qu'ils font est plus nuisible pour eux-mêmes que pour nous. Ayant compris cela, ils devraient en tirer des conclusions et corriger leur comportement d'une manière ou d'une autre. Pour eux-mêmes, les bien-aimés. Mais non, ceci ne se produit pas.

Je ne veux offenser personne, mais à mon avis, le niveau de formation professionnelle des personnes qui prennent des décisions, y compris en République fédérale, laisse beaucoup à désirer.

A. Kondrachov : Merci, monsieur Romanczyk.

Il me semble qu'il serait logique de ne pas trop nous éloigner des questions européennes et de donner la parole à la France — la France, où il est tout à fait officiellement permis d'envoyer du personnel militaire européen sur le territoire de l'Ukraine.

Nous avons avec nous Karim Talbi, rédacteur en chef de l'information européenne à l'agence France-Presse. Monsieur Talbi parle d'ailleurs très bien le russe car, comme Martin Romanczyk, il a longtemps travaillé comme correspondant à Moscou.

Veuillez poser votre question, monsieur Talbi.

K. Talbi : Vladimir Vladimirovitch, ma question concerne également l'Ukraine.

Pourquoi n'êtes-vous toujours pas en mesure de divulguer, de nous dire le nombre de pertes de soldats russes en Ukraine au cours des hostilités ?

V. Poutine :
Si c'est tout ce qui vous intéresse, je peux vous dire qu'en règle générale, personne n'en parle jamais. Et si on le fait, on déforme généralement les chiffres réels.

Je peux vous dire avec une certitude absolue que nos pertes, en particulier lorsqu'il s'agit de pertes malheureusement irremplaçables, sont bien sûr beaucoup moins importantes que celles du côté ukrainien.

Je peux vous donner le nombre exact de personnes qui sont détenues par les deux parties, en bref, en captivité. Il y a 1 348 de nos soldats et officiers du côté ukrainien. Je connais ces chiffres parce que nous travaillons avec eux tous les jours. Et tout récemment, vous savez, il y a eu un échange : 75 personnes ont été échangées contre 75 autres. Nou, nous avons 6 465 soldats ukrainiens.

Si nous parlons de pertes irrécouvrables, exactement de pertes irrécouvrables, le rapport est le même : un contre cinq. Partons de cela. C'est d'ailleurs à cela que se rattache la tentative de mobilisation totale en Ukraine, car leurs pertes sur le champ de bataille sont très élevées.

D'après nos calculs, l'armée ukrainienne perd 50 000 personnes par mois — il s'agit de pertes sanitaires et irrécupérables, bien qu'ils aient 50/50 entre les pertes irrécupérables et sanitaires. Et le fait qu'il y ait maintenant une mobilisation totale ne résout pas les problèmes. En effet, d'après nos données (que nous obtenons de différentes sources), ils recrutent environ 30 000 [personnes] par mois, les mobilisent — par force, pas par force, la plupart du temps maintenant, bien sûr, ils les attrapent dans les rues par force. Il n'y a pas beaucoup de personnes prêtes à se battre.

Le mois dernier, le mois précédent, ils ont recueilli entre 50 000 et 55 000 personnes, selon nos données. Mais cela ne résout pas le problème. Savez-vous pourquoi ? Parce que toute cette mobilisation ne fait que couvrir les pertes, elle ne sert qu'à compenser les pertes. Et c'est un problème crucial, qui conduit à l'abaissement de l'âge de la mobilisation : de 27 [ans] il a passé à 25.

Nous venons de l'apprendre du côté ukrainien (là c'est un secret de Polichinelle, il n'y a aucun secret) : l'administration américaine insiste pour que le seuil soit progressivement abaissé de 25 à 23 ans, puis à 20 ans, puis à 18 ans, ou à 18 ans d'un coup. Car ils exigent déjà aujourd'hui que les jeunes de 17 ans s'enregistrent. Nous en sommes sûrs : il s'agit d'une demande de l'administration américaine aux dirigeants ukrainiens, qui, s'ils peuvent être considérés comme des dirigeants après l'annulation des élections, n'en sont pas moins des dirigeants.

Quoi qu'il en soit — je l'ai dit publiquement récemment, je crois, lorsque j'ai eu un entretien avec la presse en quittant l'Ouzbékistan après ma visite — je pense que l'administration américaine forcera les dirigeants actuels de l'Ukraine à prendre ces décisions : à abaisser l'âge de la mobilisation à 18 ans, et ensuite ils se débarrasseront tout simplement de Zelensky. Mais tout cela doit d'abord être fait, car ce n'est pas une histoire facile : la loi doit être adoptée, certaines mesures doivent être prises.

Nous sommes en juin 2024. Pour faire tout cela, je pense que cela prendra un an. Jusqu'au début de l'année prochaine au moins, il sera toléré, et quand il aura tout fait, on lui dira « au revoir » et on le changera. Il y a plusieurs candidats, d'après ce que je vois.

Mais il y a beaucoup de victimes. J'ai dit 50 000, mais c'est l'estimation la plus prudente. 50 000, c'est ce que nous voyons sur le champ de bataille. Si nous gardons à l'esprit qu'il y a d'autres pertes que nous connaissons mais que nous ne pouvons pas compter, elles se trouvent quelque part dans les profondeurs, à l'arrière, alors elles sont en fait plus nombreuses. Si nous parlons de pertes.

K. Talbi : Permettez-moi de vous poser une question supplémentaire sur nos pertes, AFP.

V. Poutine :
A quel sujet ?

K. Talbi : Nous avons eu un journaliste, Arman Soldin, qui est mort en Ukraine le 9 mai 2023. Il est mort très probablement, selon nos estimations, à la suite de frappes de drones. Le ministère français mène une enquête. Comme il se trouvait dans la région de Tchassov Yar en Ukraine, on suppose que le drone venait de Russie. La question Ne réside même pas dans cela.

Le ministère français veut enquêter. La Russie est-elle prête à coopérer avec la France dans cette enquête pour que nous puissions savoir ce qui s'est réellement passé ?

C'est une grande tragédie pour nous, pour l'AFP, bien sûr, pour sa famille, il avait 32 ans. Nous souhaitons donc que l'enquête soit réellement et sérieusement menée afin de savoir ce qui s'est passé, si la Russie est impliquée, bien entendu.

V. Poutine :
Vous savez, nous n'avons jamais refusé aucune enquête. Savez-vous combien de nos journalistes ont péri dans la zone de combat ? (S'adressant à D. Peskov.) Combien, ne t'en souviens-tu pas ?

D. Peskov : 30 personnes environ.

V.Poutine :
Au moins 30 de nos journalistes ont été tués, et personne ne nous donne la possibilité d'enquêter sur ce qui leur est arrivé. C'est la première chose.

Deuxièmement. Si nous parlons de ce qui se passe en Ukraine, un journaliste américain a été torturé en prison, dans les murs du régime de Kiev. Contrairement à vous, les États-Unis n'ont même pas soulevé la question d'enquêter sur ce qui lui est arrivé. Un citoyen américain, un journaliste. Il a été capturé à la frontière, traîné en prison, et il est mort là-bas, il a été littéralement torturé. Personne n'a pris la peine de demander ce qui lui était arrivé.

Alors, oui, malgré cela, nous sommes prêts à organiser ce travail. Je ne sais pas comment cela peut se faire en pratique si une personne est morte dans une zone de combat. Mais bon, nous ferons de notre mieux.

A. Kondrachov : Merci beaucoup, monsieur Talbi.

J'invite maintenant notre collègue iranien, le directeur général de l'agence de presse IRNA, monsieur Ali Naderi, à se joindre à la conversation. Nous apprécions beaucoup le fait que vous, monsieur Naderi, malgré la récente tragédie de l'accident de vol et la mort du Président Raisi, ainsi que la campagne électorale en cours dans votre pays, ayez trouvé le temps de vous rendre à Saint-Pétersbourg. Une fois encore, permettez-moi de vous présenter mes plus sincères condoléances, ainsi qu'à nos collègues iraniens et à l'ensemble du peuple iranien.

Votre question, Monsieur Naderi, s'il vous plaît.

A. Naderi (comme traduit) : Merci.

En effet, nous pleurons actuellement la perte de notre Président, de notre ministre des affaires étrangères et d'un certain nombre de membres de l'administration. Vous avez mentionné dans votre lettre que les relations s'étaient développées sous la présidence de monsieur Raisi. C'est l'un des mérites de notre Président. Vous avez souligné le rôle joué par monsieur Raisi dans le développement des relations bilatérales et régionales. La question que je voudrais vous poser est la suivante : quel programme votre État, votre administration prévoit-elle pour continuer à développer les relations avec l'Iran ? Peut-être quelques accords ont-ils été conclus avec monsieur Raisi ? Et quelles sont les perspectives d'avenir pour l'Iran et la Russie ?

Merci.

V. Poutine :
Les relations entre la Russie et l'Iran se développent bien dans de nombreux domaines. Nous — la Russie et l'Iran — sommes soumis à diverses sanctions, à divers régimes de sanctions.

Lorsque nous avons récemment appris le niveau de développement de certaines industries en Iran, j'ai été surpris de voir comment nos amis iraniens ont parvenu à maintenir un niveau de production aussi élevé dans certains domaines dans ces conditions de sanctions pluriannuelles. Bien sûr, ce n'est pas le cas dans tous les domaines, mais dans certains d'entre eux, c'est tout simplement incroyable. Mais le fait est là.

Nous avons tout un plan de travail commun. Nous développons des liens commerciaux et économiques. Bien sûr, nous aimerions beaucoup faire des efforts supplémentaires dans le sens du développement dans la sphère des hautes technologies. Compte tenu de ces restrictions, il n'est pas facile de le faire, mais c'est possible. Et bien sûr, nous le ferons.

Quant au Président Raisi, qui est décédé à la suite de cette tragédie, je voudrais dire que nous avions avec lui des relations très fiables, bonnes et professionnelles. C'était une personne très intéressante, un homme politique sérieux, un partenaire fiable. Il était un peu ironique dans son attitude face à la vie quotidienne, avec un sens de l'humour bien développé. Il était intéressant d'entretenir des relations avec lui, intéressantes et utiles. Je le répète encore une fois : si nous nous mettions d'accord sur quelque chose avec lui, nous pouvions être sûrs que le sujet dont nous parlions ne serait pas oublié. Cela ne veut pas dire que tout serait nécessairement, à cent pour cent, résolu, parce que ce ne sont pas seulement les premières personnes qui décident de telle ou telle question, mais ce sujet ne serait pas oublié, et nous avons travaillé ensemble, de part et d'autre, à l'amélioration de nos relations.

C'est sous le Président Raisi que l'Iran est devenu à la fois membre de l'Organisation de coopération de Shanghai et membre des BRICS. Cela montre encore que nous avancions ensemble dans une direction claire, tout d'abord en termes de création d'un monde multipolaire. L'Iran a joué et continue de jouer un rôle très important à cet égard.

La seule chose que je voudrais dire pour conclure ma réponse à votre question est que nous espérons vivement que tout ce que le Président Raisi a mis en place dans les relations russieno-iraniennes se poursuivra. Je n'ai pas de grands doutes à ce sujet, car tout ce que nous faisons sert nos intérêts mutuels. Nous connaissons la stabilité de l'État iranien, la composition du pouvoir suprême en Iran, nous savons que non seulement le Président et les personnes qui l'entourent pensent au développement des relations irano-russiennes, mais que le Chef suprême, le chef spirituel de l'Iran, fait beaucoup pour cela.

Nous attendons les élections du Président iranien. J'espère rencontrer le nouveau Président iranien dans le cadre d'événements internationaux, qu'il s'agisse de l'OCS ou des BRICS. Je suis convaincu que nous trouverons un langage commun et que nous travaillerons à la mise en œuvre de tous les plans présentés par le Président Raisi qui nous a quitté.

A. Kondrachov : Merci, monsieur Naderi.

Le prochain participant à notre dialogue est un bon ami de l'agence TASS, Liu Yansong, rédacteur en chef de l'agence de presse chinoise Xinhua. Monsieur Liu parle un excellent russe et nous savons très bien qu'il aime aussi chanter des chansons russes et qu'il est un grand amateur de cinéma soviétique.

Monsieur Liu, vous avez la parole.

Liu Yansong (comme traduit) : Monsieur le Président, vous avez récemment effectué une visite d'État en Chine.

Vous entretenez des relations assez étroites avec la Chine, on pourrait dire un modèle de relations entre grandes puissances. Comment évaluez-vous votre coopération avec la Chine ? Comment évaluez-vous l'impact de cette coopération sur les régions ?

Merci.

V. Poutine :
En ce qui concerne les relations bilatérales, je voudrais souligner qu'elles ne sont pas ad hoc, mais qu'elles sont basées sur des intérêts mutuels profonds. Après tout, la Chine est notre principal partenaire commercial et économique depuis 15 ans. C'est-à-dire que nous avons commencé à construire nos relations et à les amener au niveau actuel non pas en relation avec des événements politiques conjoncturels de l'actualité, mais bien avant, sur la base d'intérêts mutuels. Nous avons agi très prudemment, calmement, étape par étape. Je dois dire que nous avons pratiquement réussi.

Aujourd'hui, le volume des échanges commerciaux dépasse nos attentes. Selon les statistiques chinoises, il s'élève à 240 milliards de dollars ; selon les nôtres, il est légèrement inférieur, environ 230.

Mais il ne s'agit même pas du volume du chiffre d'affaires commercial. Ce qui compte, c'est que nous le diversifions, et avec succès. Nous fournissons du pétrole, du gaz, du charbon et de l'électricité à la Chine. Nous construisons des centrales nucléaires en République populaire de Chine, et tout cela est couronné de succès.

Nous avons également de bonnes perspectives dans le domaine des hautes technologies, c'est-à-dire la construction d'avions et l'intelligence artificielle. Vous savez, nous sommes très heureux pour la Chine, pour les succès dont la République populaire de Chine fait preuve dans de nombreux domaines, y compris, par exemple, dans l'espace.

Ce sont des réalisations uniques, et le parti communiste chinois est la principale force politique du pays. Bien entendu, tout ce qui est fait l'est sous la direction du parti communiste de la République populaire de Chine.

Savez-vous sur quoi je voudrais attirer l'attention ? Je ne me souviens pas, je l'ai déjà dit quelque part, je ne sais pas si ce serait intéressant dans notre compagnie actuelle ou non, mais certains de nos experts et bons économistes — des gens assez jeunes, mais assez expérimentés — disent quoi ? Ils disent qu'une analyse de ce qui se passe, disons, dans l'économie chinoise, et une analyse de ce qui se passe dans les économies d'autres pays du monde, y compris les économies dominantes, y compris les États-Unis, montrent que les Chinois ont réussi à créer un modèle de développement économique très particulier mais très efficace, plus efficace que celui des États-Unis. Et à en juger par les résultats de l'économie chinoise, il semble que ce soit le cas. Oui, on peut se quereller beaucoup, s'opposer aux dirigeants chinois, comme le font certains de nos collègues occidentaux, dire que quelque chose n'est pas orienté vers le marché, dire que le taux de change du yuan est fixé par des décisions du Politburo, etc. — vous pouvez dire tout ce que vous voulez, mais le résultat est connu de tous.

Le résultat suggère que ce modèle est plus efficace. Qui peut blâmer la Chine pour cela ? Le marché, pas le marché... Un milliard et demi de personnes. Les dirigeants chinois ont l'obligation de penser à tous. Tous ces milliards et demi ne vivent pas comme l'Européen ou l'Américain moyen. Par conséquent, les dirigeants chinois ont le droit d'utiliser de telles méthodes de gestion économique pour répondre aux besoins urgents de leur peuple, de leurs citoyens, ce que les dirigeants chinois, dirigés par le Président de la République populaire de Chine et mon bon ami, comme nous le disons tout le temps des deux côtés, font, et font, soit dit en passant, très bien et de manière très fiable. Nous ne pouvons que nous en réjouir.

Nous sommes au courant de tout ce qui se passe dans les économies des principaux pays du monde, y compris la Chine. Mais dans l'ensemble, elle est très fiable et devient de plus en plus high-tech. Il me semble que les États-Unis ou certains pays européens commettent une grave erreur en voulant ou en essayant de ralentir l'économie chinoise d'une manière ou d'une autre, car, à mon avis, pour réussir eux-mêmes, ils auraient dû s'intégrer dans ces processus, et non pas essayer de les entraver.

« Les Chinois ont une surproduction de voitures, y compris une surproduction de voitures électriques. » Qui dit cela ? Cela vient-il de personnes qui se considèrent comme orientées vers le marché ? Ne se rendent-ils pas compte, ne savent-ils pas qui détermine s'il y a surproduction ou non ? C'est le marché qui le détermine. Si la Chine produit un certain nombre de voitures et que le marché l'absorbe, le récupère entièrement, de quel type de surproduction s'agit-il ? C'est absurde, n'est-ce pas ?

Est-il possible de traiter ça de « surproduction » ? Non, il s'agit ici d'une tentative de limiter la croissance par des moyens non marchands. Et cela est néfaste, y compris dans le cas présent pour l'économie américaine. Pourquoi ? Parce que bon, ils n'accepteront pas les marchandises en provenance de Chine. À quoi cela aboutira-t-il ? Ils fabriqueront quelque chose eux-mêmes ou l'achèteront ailleurs, ce qui est plus cher, ce qui signifie que l'inflation augmentera dans les mêmes États, et l'inflation aura un impact négatif sur l'ensemble de l'économie du pays qui agit de la sorte. Et dans ce cas, c'est l'économie américaine elle-même qui en pâtit. C'est une erreur, une autre erreur de l'administration actuelle.

En ce qui concerne la Chine, sous la direction habile et très professionnelle du Président Xi Jinping, elle se développe, et elle se développe au bon rythme pour la Chine.

Pour ce qui est des autres secteurs et domaines, j'en parle depuis le début et je ne peux que répéter que notre coopération sur la scène internationale est un facteur de dissuasion et un élément de stabilité.

Mais vous savez, en dehors de l'économie et des questions de sécurité mutuelle — et comme vous le savez, nous menons des exercices et le ferons à l'avenir, y compris des exercices militaires — nous travaillons dans le domaine de la coopération militaro-technique, nous avons quelque chose à offrir à nos amis chinois ici, et nos amis chinois sont intéressés par une collaboration dans ce domaine.

Mais notre interaction ne se limite pas à cela : ni à l'économie, ni à la coopération militaro-technique, ni à la coopération sur la scène internationale. Cette année, nous avons déclaré des années mutuelles de la culture. Et je pense que ce que notre modérateur vient de dire ici, à savoir que vous connaissez des chansons russes et que vous parlez russe, est, à mon avis, au moins aussi important que tout ce que j'ai dit. Parce que cela crée une base pour les relations entre les peuples, cela crée un environnement favorable au développement des relations dans tous les autres domaines. C'est ce à quoi nous adhérerons de part et d'autre. Et j'espère que dans un avenir proche, nous pourrons également voir et discuter de toutes ces questions avec le Président de la République populaire de Chine sur les plateformes que j'ai déjà mentionnées : l'OCS et les BRICS.

Liu Yansong (en russe) : Vladimir Vladimirovitch, vous savez, je vous ai interviewé. Bien sûr, il y a longtemps, la première fois c'était en 2002. Ces entretiens — [un] à Moscou et deux à Pékin. Une fois dans votre ville natale. J'en suis très heureux.

Merci. Je vous souhaite le meilleur.

A. Kondrachov : Merci, monsieur Liu.

La parole est maintenant à l'Espagne. L'agence de presse espagnole EFE, José Manuel Sanz Mingote. Il est directeur des relations internationales de son agence. En plus d'être un journaliste expérimenté, il est également un excellent spécialiste de l'histoire et de la philosophie, ainsi qu'un expert des questions d'intégration européenne.

S'il vous plaît, monsieur Sans Mingote, votre question.

J. Sanz Mingote (comme traduit) : Merci beaucoup, monsieur le Président, de m'avoir donné l'occasion de vous rencontrer.

Je ne parle pas russe, mais j'ai lu des auteurs russes. Je connais l'énorme contribution de la Russie à la culture, à la science, à l'art. Je pense, d'un point de vue personnel, qu'il est dommage que nous vivions dans une situation internationale aussi difficile.

Ma question sera délicate. Vous savez qu'à partir de demain et jusqu'à dimanche, 25 pays européens organisent des élections. Et vous savez que des analystes, des experts, ainsi que des hauts représentants et des hauts fonctionnaires des États européens affirment que la Russie est coupable de diffuser de la désinformation afin de déstabiliser le processus électoral en Europe.

Comment pouvez-vous commenter cela ? Pensez-vous que le gouvernement russien est derrière cette campagne de désinformation ?

Merci de votre attention.

V. Poutine :
Ecoutez, nous venons de parler avec votre collègue allemand de la situation des économies européennes dans leur ensemble.

La situation dans le domaine de la politique sociale, du revenu des citoyens, de la préservation et de la création de nouveaux emplois, de leur consommation, est un dérivé de l'état de l'économie. Les pays européens sont généralement des États prospères. La principale préoccupation des citoyens est leur bien-être matériel. Mais du fait de la politique de l'écrasante majorité des pays occidentaux, y compris des pays européens, ce bien-être, auquel les gens ont été habitués pendant des décennies, est en danger, voire en train de disparaître. Les gens s'en rendent compte et le ressentent. À mon avis, c'est la principale raison pour laquelle les partis politiques traditionnels, ainsi que l'ensemble de la démocratie parlementaire, traversent une période difficile. Et si quelqu'un, y compris et surtout en Europe, ne voulant pas analyser les erreurs qu'il commet dans le cadre de son travail, essaie de les mettre sur le compte de conditions extérieures, c'est une autre erreur qui ne lui permettra pas de tirer les bonnes conclusions sur ce qui se passe réellement. C'est la première partie.

Deuxièmement, nos médias, en termes de volume et de capacité à influencer un public particulier, ne sont en rien comparables aux capacités des médias occidentaux, qu'il s'agisse de médias électroniques, de presse écrite ou autres.

Et si vous demandez à votre collègue — j'ai peur de donner des chiffres inexacts maintenant — partout où nos journalistes essaient de travailler, ils sont entravés, partout, tout simplement. On intimide leur personnel, on clôt leurs comptes bancaires, on leur retire leur moyens de transport — il n'y a rien que l'on ne fasse avec eux. S'agit-il de liberté d'expression ? Bien sûr que non. La seule chose que font nos représentants des médias et vos collègues russiens, c'est de présenter le point de vue russien sur certains processus qui se déroulent dans le monde, dans notre pays et en Europe. Nous avons des points de vue différents, mais le travail des médias consiste-t-il uniquement à servir les gouvernements ? Même s'il s'agit du point de vue du gouvernement russien, ne pouvons-nous pas présenter ce point de vue aux auditeurs, aux téléspectateurs et aux internautes d'autres pays ? N'est-ce pas là la libre circulation de l'information, qu'on le veuille ou non ?

Que faire lorsqu'une information n'est pas appréciée ou est considérée comme biaisée par quelqu'un ? Il faut présenter un point de vue différent et le rendre plus convaincant que celui que quelqu'un n'aime pas, plutôt que de fermer les médias, en l'occurrence les médias russiens, qui sont constamment harcelés en Europe, et aux États-Unis c'est pratiquement la même chose. Il n'y en a qu'un ou deux, et ils sont constamment étranglés et mis sous pression. Et pourtant, ils se réfèrent encore au fait que quelqu'un dit que nous avons une sorte d'influence sur l'opinion publique dans les pays occidentaux ! Il suffit de regarder le volume de ce que nous sommes capables de produire sur le marché de l'information des pays européens pour se rendre compte que c'est ridicule.

La question n'est pas de savoir si quelqu'un mène une politique néfaste à l'égard de l'Union européenne dans le cas présent. La question est de savoir dans quel état les cercles dirigeants des principaux pays européens ont amené leur économie et leur sphère sociale et comment ils poursuivent leur politique sur la scène internationale, que cela plaise ou non. Je répète ce que j'ai dit en commençant : il n'est pas nécessaire de chercher des coupables de l'autre côté, on doit comprendre ses propres actions. C'est la seule façon d'analyser correctement, de tirer des conclusions et de corriger quelque chose. Si, bien sûr, quelqu'un pense que quelque chose doit être corrigé.

A. Kondrachov : Merci, monsieur Sanz Mingote. Merci pour votre question.

Nous avons maintenant le Kazakhstan, le directeur général de l'agence de presse Kazinform, Askar Djaldinov.

Askar Mouratovitch, s'il vous plaît, votre question.

A. Djaldinov : Vladimir Vladimirovitch, dites quel est l'avenir des relations entre le Kazakhstan et la Russie en tant qu'États voisins ?

V. Poutine :
Je pense qu'elles sont très bonnes, il n'y a pas d'autre façon de le dire. Nous n'avons pas seulement des relations très étroites, mais aussi des relations stratégiques d'alliés. En ce qui concerne la Russie et le Kazakhstan, nous pouvons parler au plein sens du terme.

Il en va de même pour les relations commerciales et économiques, qui se développent et augmentent régulièrement chaque année. Le niveau croissant du chiffre d'affaires commercial en témoigne.

Notre coopération porte sur de nombreux domaines. Je ne vais même pas les énumérer tous maintenant : cela inclut l'énergie, la coopération industrielle et l'espace — il y en a beaucoup.

Nous avons une immense frontière commune. Les gens communiquent entre eux, 76 entités constitutives de la Fédération russienne entretiennent des relations directes avec les territoires correspondants du Kazakhstan, des liens directs. D'ailleurs, ils sont probablement plus efficaces, ils fonctionnent mieux parce que les gens sont en contact direct les uns avec les autres, ils se connaissent, ils se font confiance, etc.

Kassym-Jomart Kemelevich, le Président Tokayev, et moi-même on est en contact permanent. Nous entretenons de très bonnes relations de confiance et d'amitié.

Maintenant, si nous parlons d'énergie, nous ne fournirons pas seulement du gaz à l'Ouzbékistan, nous ferons de même avec le Kazakhstan — le nord du Kazakhstan a besoin de nos transporteurs d'énergie. Oui, le Kazakhstan produit son propre gaz, mais il y a néanmoins des régions entières du Kazakhstan qui ont besoin d'être approvisionnées en gaz. Et il est plus facile et moins cher de l'obtenir de notre part que de construire de nouvelles routes, ce qui coûterait des milliards de dollars.

Pour parler franchement, je ne vois pas une seule question qui pourrait être controversée et qui compliquerait nos relations de quelque manière que ce soit. Nous avons parlé de la coopération avec la Chine. Nous réalisons 90 % de notre chiffre d'affaires commercial en monnaie nationale avec la République populaire de Chine. Il en va de même pour nos relations avec le Kazakhstan. Elles sont probablement proches de 100 %, presque tout se fait en monnaies nationales.

En ce qui concerne les États-Unis, j'en ai déjà parlé, et après-demain, lors du forum économique, les mêmes questions seront probablement posées, alors parlons-en. L'une des erreurs colossales de l'administration américaine est d'interdire l'utilisation du dollar dans les règlements internationaux et d'en faire l'instrument d'une sorte de lutte. C'est de la foutaise, cela sape la confiance dans le dollar. Ridicule tout simplement. Ridicule. Ici, les dents serrées, n'importe quoi, mais il faut protéger le dollar, le protéger, ne pas y toucher, augmenter sa valeur, augmenter sa crédibilité. Ils le tuent tout simplement de leurs propres mains.

Cela nous encourage à passer aux monnaies nationales dans les règlements. Mais il s'avère que cela ne nous empêche pas de développer des relations, au contraire, cela aide et renforce même nos monnaies nationales. Et dans le domaine humanitaire, dans le domaine de l'éducation — c'est-à-dire que nous travaillons ensemble très activement dans presque tous les vecteurs, y compris grâce au Président Tokayev, parce qu'il soutient notre coopération dans tous ces domaines.

Nous nous rendrons bientôt à Astana, et il y aura la session de l'OCS et d'autres événements, j'ai une invitation, et je ne manquerai pas de l'utiliser.

A. Kondrachov : Passons au participant suivant, Stefano Polli, rédacteur en chef adjoint de l'agence italienne ANSA. Monsieur Polli, tout comme Samia Nakhoul de Reuters, a une très grande expérience du travail dans les points chauds. Et en général, l'agence italienne ANSA n'a manqué aucune de ces réunions avec vous, c'est notre invité régulier.

Je vous donne la parole, monsieur Polli.

S. Polli (comme traduit) : Merci.

Bonsoir, monsieur le Président !

Merci d'avoir organisé cette réunion. Je voudrais poser une question sur les récents événements en Ukraine. Le secrétaire général de l'OTAN, monsieur Stoltenberg, a suggéré que l'Ukraine soit autorisée à frapper des cibles sur le territoire russien avec des armes fournies par l'Europe. Les pays européens ont accepté cette idée, tout comme les États-Unis. Pas tous, mais les États-Unis en font partie. Parallèlement, certains pays discutent de l'envoi de conseillers et de formateurs militaires.

Je voulais vous demander de commenter ces deux décisions et d'indiquer quelle sera la réaction de la Russie.

Merci.

V. Poutine :
En ce qui concerne la présence de conseillers et d'instructeurs, il n'y a rien de nouveau. Ils sont présents sur le territoire ukrainien. Malheureusement pour eux, ils subissent des pertes. Je le sais bien, ce n'est pas fait exprès, mais il y a des pertes au cours des opérations militaires. Il est vrai que les pays européens et les États-Unis préfèrent ne pas en parler. C'est la première chose.

Deuxièmement, en ce qui concerne les armes de précision à longue portée, nous devons diviser ce sujet en deux parties.

La première concerne les armes conventionnelles, les systèmes de fusées à lancement multiple, les armes à longue portée — 70 kilomètres et quelque chose de similaire. Elles sont utilisées depuis longtemps. Les militaires ukrainiens peuvent d'ailleurs le faire eux-mêmes. Et pour ce qui est des moyens de destruction modernes de haute technologie, de haute précision et de longue portée, tels que le Storm Shadow britannique, ou l'ATACMS américain, ou les missiles français, que peut-on dire ici ? J'en ai d'ailleurs déjà parlé lorsque je quittais l'Ouzbékistan.

ATACMS — c'est 300 kilomètres. Comment sont-ils utilisés, comment sont-ils livrés ? Ici, ils ont livré le système de missiles — le Pentagone l'a livré, les Américains l'ont livré. Mais comment est-il utilisé ? Les militaires ukrainiens ne peuvent pas tout faire seuls et porter des coups par ce missile. Ils en sont tout simplement incapables du point de vue technologique. Pour ce faire, il faut une reconnaissance par satellite, puis sur la base de cette reconnaissance par satellite, qui est une reconnaissance par satellite américain, il faut rediger une mission de vol, puis l'introduire dans le système de missiles. Le militaire qui se trouve à côté du système le fait automatiquement : il appuie sur les boutons. Il ne sait peut-être même pas ce qui se passe ensuite.

À quoi les militaires ukrainiens peuvent-ils participer — non pas ceux qui sont assis et appuient sur des boutons, mais à un niveau plus élevé ? Au choix de la cible. Ils peuvent dire quelle cible est prioritaire et nécessaire pour eux. Mais ils ne décident pas s'il faut frapper cette cible ou non, parce que, je le répète, la mission de vol est formée et elle n'est pratiquement remplie que par ceux qui fournissent ces armes. S'il s'agit d'ATACMS, c'est le Pentagone qui s'en charge. S'il s'agit de Storm Shadow, ce sont les Britanniques qui s'en chargent. Et dans le cas du Storm Shadow, c'est encore plus simple. La simplicité réside dans le fait que la mission de vol est saisie automatiquement, sans l'intervention de soldats au sol, automatiquement. Les Britanniques le font, c'est tout.

Et lorsque les militaires de la Bundeswehr réfléchissaient à l'opportunité de frapper le pont de Crimée ou d'autres installations, ils pensaient pour eux-mêmes. Personne ne pensait à leur place, n'est-ce pas ? Ils allaient le faire. Il en va de même pour les spécialistes français. Ce sont des spécialistes occidentaux qui le font. Nous n'avons donc aucune illusion à ce sujet.

Que devons-nous faire en réponse ?

Tout d'abord, bien sûr, nous améliorerons nos systèmes de défense aérienne. Nous les détruirons [les obus lancés vers la Russie].

Deuxièmement, nous pensons que si quelqu'un pense qu'il est possible de fournir de telles armes à une zone de combat pour frapper notre territoire et nous créer des problèmes, pourquoi n'aurions-nous pas le droit de fournir nos armes de même classe à ces régions du monde où elles frapperont les installations sensibles des pays qui agissent de la sorte avec la Russie ? La réponse pourrait donc être symétrique. Nous y réfléchirons.

Troisièmement, bien sûr, de telles actions finiront, elles ont déjà atteint le plus haut degré de dégradation, par détruire les relations internationales et saper la sécurité internationale. Enfin, si nous constatons que ces pays sont entraînés dans une guerre contre nous, et qu'il s'agit de leur participation directe à une guerre contre la Fédération russienne, nous nous réservons le droit d'agir de la même manière. Mais, d'une manière générale, c'est une voie qui mène à des problèmes très graves. Je crois que c'est tout. Si vous avez d'autres questions, n'hésitez pas à les poser. Mais je ne pense pas pouvoir ajouter quoi que ce soit.

A. Kondrachov : Monsieur Polly, avez-vous d'autres questions ? Ou avez-vous entendu tout ce que vous vouliez ?

S. Polli : J'ai encore une question, une autre question, mais je ne sais pas si c'est le bon moment pour la poser.

V. Poutine : Il n'y aura pas d'autre moment, nous allons nous séparer bintôt, et c'est tout. C'est donc le bon moment.

S. Polli : Je voudrais poser une question sur l'Italie, si vous le permettez.

L'Italie soutient l'Ukraine politiquement et militairement, mais elle affirme également qu'elle n'est pas en guerre contre la Russie. J'aimerais que vous nous parliez de la position des dirigeants italiens.

V. Poutine :
Nous constatons que la position du gouvernement italien est plus modérée que celle de nombreux autres pays européens, et nous y prêtons attention et l'évaluons en conséquence. Nous constatons que l'Italie n'encourage pas la russophobie viscérale, et nous gardons cela à l'esprit également. Nous espérons vivement pouvoir rétablir nos relations avec l'Italie, peut-être même plus rapidement qu'avec n'importe quel autre pays européen, une fois que la situation en Ukraine aura été rectifiée d'une manière ou d'une autre.

A. Kondrachov : Merci, monsieur Polli.

Nous passons maintenant à la Corée [du Sud - NdT], avec monsieur Park Sang-hyun Park, vice-Président du développement numérique de l'agence de presse Ryonhap. Veuillez poser votre question.

Park Sang-hyun (comme traduit) : La Russie coopère avec la Corée pour le développement de l'Extrême-Orient.

Lorsque vous avez participé à la présentation des lettres de créance de l'ambassadeur sud-coréen à Moscou, vous avez déclaré que la Russie était prête à nouer des relations avec la Corée du Sud. Quels sont vos projets à cet égard ?

V. Poutine :
Vous savez, comme pour l'Italie, je peux dire que nous constatons qu'il n'y a pas d'attitude russophobe dans le travail des dirigeants de la République de Corée. Il n'y a pas de livraison directe d'armes à la zone de conflit, et nous l'apprécions grandement. Mais nous constatons également qu'il existe toutes sortes d'approches, l'achat par des sociétés américaines d'armes à envoyer dans la zone de combat en Ukraine. Nous suivons cela de près. Mais nous espérons vraiment que les relations russieno-coréennes ne se détérioreront pas, en gardant à l'esprit notre intérêt pour le développement des relations bilatérales en ce qui concerne la péninsule coréenne dans son ensemble.

Malheureusement, tout ce qui se passe a des conséquences négatives sur les relations commerciales et économiques. Nous espérons vivement que le niveau de nos relations atteint au cours des décennies précédentes sera au moins partiellement préservé afin de pouvoir le rétablir à l'avenir.

Aujourd'hui, malheureusement, la Corée a créé des problèmes bien connus dans de nombreux domaines de notre coopération, ce qui est à regretter. Nous travaillons donc avec d'autres pays, tandis que nous, nous avions pu continuer à travailler avec la Corée, mais ce n'est pas notre choix, c'est le choix des dirigeants coréens. De notre côté, les canaux sont ouverts, nous sommes prêts.

A. Kondrachov : Merci beaucoup, monsieur Park, pour votre question.

Vladimir Vladimirovitch, permettez-moi de vous poser une question de l'agence de presse TASS.

V. Poutine :
Oui, bien sûr.

A. Kondrachov : Je voudrais que nous revenions à l'économie russienne. C'est un peu comme dans une blague : « Ça je l'aurais écouté sans fin ». Vous avez déjà parlé de l'état actuel de l'économie.

Rappelez-vous, il y avait des gens merveilleux qui disaient que l'économie russienne était déjà en lambeaux, et maintenant nous avons été soumis à des milliers de sanctions, nous sommes dans la troisième année d'une opération militaire spéciale. Les perspectives d'avenir de l'économie sont-elles aussi excellentes que son état actuel ? Qu'en pensez-vous ?

V. Poutine :
Certains de nos détracteurs pensent que ces nombreuses sanctions — et il y en a 16-17 mille, il n'y a aucun autre pays au monde contre lequel un tel nombre de sanctions a été imposé, bien sûr elles sont un obstacle, c'est certain — et ces détracteurs pensent qu'à moyen terme cela aura un impact négatif sur nous d'une manière ou d'une autre — cela a un certain fondement. Ceux qui le pensent ont le droit de le penser. C'est particulièrement vrai pour la haute technologie, certaines autres activités modernes, l'intelligence artificielle, la microélectronique, etc. En fait, tout le monde sait tout, tout ce qui pose problème.

Mais il y a deux « mais » ici. Premièrement, personne n'a annulé les listes de COCOM concernant la Russie, même pendant les meilleures années de nos relations avec ce que l'on appelle l'Occident collectif — c'est ce qui est curieux. Il y avait donc toujours des restrictions. Et j'ai toutes les raisons de croire que nous n'aurions de toute façon pas pu compter sur une coopération étroite dans les domaines les plus sensibles de la haute technologie. Il n'y avait rien à espérer. Mais les problèmes, bien sûr, se posent. Nous les voyons. Mais, aussi étrange que cela puisse paraître, peut-être même pour nous-mêmes, nous les surmontons.

Ce que nous avions l'habitude d'acheter en grandes quantités — lorsque nous sommes confrontés au fait que nous ne pouvons pas acheter, nous devons faire appel à nos cerveaux, nous devons nous tourner non seulement vers nos fabricants, mais aussi vers nos développeurs qui les fabriquent. Ils ne se contentent pas de prendre la place des fabricants occidentaux qui quittent ou ont quitté notre marché, ils les récupèrent et les développent rapidement. Je pense que non seulement nos détracteurs ne s'attendaient pas à un tel effet, mais que nous-mêmes ne nous y attendions pas non plus.

L'exemple le plus primitif, je ne vais pas dire dans quel domaine. À propos, nous avions l'habitude d'acheter un bac en France, un bac plutôt primitif, mais qui comportait des métaux complexes, etc. Ils ont cessé de nous le fournir. J'ai demandé : qu'avez-vous fait ? Je crois que nous avons passé une commande à Nijni Novgorod. J'ai demandé : avez-vous réussi ? Ils n'ont pas fait pire, ils ont même fait mieux en termes de qualité, et trois fois moins cher. Comprenez-vous de quoi il s'agit ? C'est l'exemple le plus simple, croyez-moi, de la vie.

Et il en va de même dans de nombreux domaines d'activité. D'où cette croissance. Je pense que c'est pour cela que nous avons une telle croissance — 3,4 % du PIB. Mais cette croissance aura toujours certaines limites. Les niches occupées par nos fabricants et les prochaines étapes pour développer ces niches, que les fabricants occidentaux ont quittées, et la croissance sur cette base aura encore certaines limites. Nous en sommes conscients.

C'est pourquoi l'un des principaux objectifs de notre développement et des orientations stratégiques que nous nous sommes fixées est l'indépendance technologique. Nous avons l'intention, nous le faisons déjà, et nous avons l'intention d'y investir certaines ressources considérables à l'avenir afin de rattraper ce que nous avons encore à rattraper. Ou, peut-être, pour aller de l'avant afin de sauter certaines redistributions. Nous le comprenons, nous en sommes conscients.

Je ne peux pas dire à l'avance si nous réussirons ou non, mais nous sommes optimistes, je pense que nous réussirons, surtout si nous sommes obligés de le faire. Si, soudainement, tout change et que nous recevons des produits de haute technologie bon marché... Il ne s'agit pas du gouvernement, mais des participants à l'activité économique. Les participants à l'activité économique peuvent se tourner vers un producteur occidental qui fournit des biens d'assez bonne qualité et à des prix raisonnables. Mais si cela ne se produit pas, nous devrons le faire nous-mêmes. Oui, nous devrons peut-être déplacer certains objectifs vers la droite, comme on dit au gouvernement, c'est-à-dire déplacer les échéances, mais nous le ferons, nous le ferons en grande partie.

Je cite toujours cet exemple : nous fabriquons l'avion MC-21, et il y a des harnais faits de matériaux modernes dans l'aile, car c'est un avion moderne. L'administration américaine sans avoir trop réfléchi les a soumis aux sanctions, laissant entendre qu'ils étaient soi-disant à double usage. C'est de la foutaise, il n'y a pas de double usage. À cause de quoi ? Parce que c'est un concurrent du Boeing 737, je crois, je ne me souviens plus, le même avion moyen-courrier. Oui, et nous avons eu un léger ralentissement de la production. Nous avons dû y travailler, mais nous l'avons fait : nous avons différé les délais à deux ans, c'est vrai. Tout est fait maintenant, l'avion vole.

Je n'ai aucun doute sur le fait que nous ferons tout. La seule question est celle du timing. Bien sûr, les délais sont également importants, car pendant que nous faisons quelque chose, quelqu'un d'autre est déjà en train de prendre de l'avance. Nous le comprenons également et nous nous efforçons de prendre de l'avance. En d'autres termes, nous n'avons rien de critique en ce qui concerne la levée de ces sanctions, Dieu merci. Et j'espère que rien de critique ne se produira.

A. Kondrachov : Merci beaucoup, Vladimir Vladimirovitch.

Il est tout à fait logique d'aborder maintenant le pays qui est en tête en termes de nombre de sanctions contre la Russie, à savoir les États-Unis d'Amérique. 3 500 sanctions ont été imposées contre nous.

James Jordan, rédacteur en chef du service d'information Europe et Afrique de l'agence de presse américaine Associated Press, est à nos côtés aujourd'hui. Monsieur Jordan, veuillez poser votre question au Président Poutine.

J. Jordan (comme traduit) : Merci beaucoup.

Merci, monsieur le Président Poutine, de m'avoir donné l'occasion de m'adresser directement à vous.

Il y a plus de deux ans, vous avez envoyé des troupes russiennes en Ukraine, comme vous le dites, pour protéger les citoyens russes et les citoyens russophones du Donbass et pour sécuriser la frontière orientale de la Russie. Depuis lors, des milliers de personnes sont mortes des deux côtés. Les hostilités se sont même étendues à certaines régions russiennes.

Ces dernières heures, des responsables occidentaux ont confirmé à notre agence que l'Ukraine avait utilisé des armes occidentales sur le territoire russien ces derniers jours. Pensez-vous qu'il s'agit d'une provocation supplémentaire — pour faire suite à la question posée par mon collègue ? Selon vous, qu'est-ce que Moscou a réalisé au cours des deux dernières années ? Et comment mettre fin aux hostilités ?

V. Poutine :
La première chose que nous avons faite a été de remplir notre devoir envers les personnes qui ont souffert du coup d'État et des hostilités qui ont suivi dans les territoires du sud-est de l'Ukraine. Nous avons reconnu le droit des habitants de ces territoires à défendre leurs intérêts, leur vie et celle de leurs enfants. Et c'est là, à mon avis, l'essentiel.

Nous avons également montré à nous-mêmes et au monde entier que nous ne parlons pas seulement de défendre nos intérêts, mais que nous le faisons et que nous le ferons sans aucun doute. Et c'est une chose avec laquelle tout le monde devra compter.

En ce qui concerne la deuxième partie de votre question — ce qu'il faut faire pour arrêter les combats en Ukraine — en tant que représentant des États-Unis, je peux vous dire ce que j'ai dit un jour à monsieur Biden. Il m'a envoyé une lettre et je lui ai répondu par écrit : si vous voulez arrêter les hostilités en Ukraine, arrêtez de fournir des armes et ces hostilités cesseront dans les deux, trois mois maximum. C'est tout. C'est la première chose.

Deuxièmement, nous demandons que personne n'entrave un éventuel processus de paix.

Cher monsieur Jordan, je dois maintenant rappeler ce qui s'est passé à la fin de l'année 2022. Après tout, nous avons convenu avec l'Ukraine que nous étions prêts à signer un accord qui répondrait à plusieurs questions clés.

La première question pour l'Ukraine est le système permettant d'assurer sa sécurité. Dans le projet d'accord, l'Ukraine a précisé qu'elle n'était pas membre de l'OTAN, qu'elle adhérait à la neutralité, mais que le système de sécurité était très proche de la Charte de l'OTAN, de ses articles 4 et 5. Il n'est probablement pas nécessaire d'entrer dans les détails, mais cela signifie que tous les signataires devront aider l'Ukraine militairement si nécessaire, etc. C'est une question compliquée pour nous, et j'ai dit que c'est quelque chose à laquelle nous devons réfléchir, mais c'est quelque chose qui peut être discuté.

Il en va de même pour les intérêts de la Russie. Il s'agit, je le répète encore une fois, du statut de neutralité de l'Ukraine, de sa non-appartenance à un bloc, de la limitation des armements dans une certaine mesure, et ainsi de suite, et c'est certainement ce qui intéresse la Fédération russienne.

En outre, comme vous vous en souvenez, nous avons parlé de la dénazification de l'Ukraine. J'ai été très surpris lorsque les gens ont commencé à me demander : qu'est-ce que la dénazification ? Il s'agit de l'interdiction de la propagande nazie au niveau législatif. Aussi étrange que cela puisse paraître, nous avons trouvé un terrain d'entente sur ce point, ainsi que sur d'autres questions clés nécessaires à la résolution pacifique de cette situation de crise. Et si le chef du groupe de négociation du côté ukrainien a signé le condensé de ce grand accord, a paraphé ce document, je pense que cela montre que la partie ukrainienne dans son ensemble était satisfaite. Et si nous l'avons accepté, cela signifie qu'il convenait également à la Russie.

Je ne veux pas vous mettre dans une position difficile, mais je poserai néanmoins une question rhétorique : pourquoi monsieur Johnson est-il venu à Kiev pour recommander que ce traité soit jeté à la poubelle ? Pourquoi a-t-il fixé à ses collègues ukrainiens l'objectif de remporter la victoire sur le champ de bataille, de parvenir à la défaite stratégique de la Russie ?

Les responsables ukrainiens ont déclaré publiquement que s'ils avaient signé définitivement ce traité, la guerre aurait pris fin dès la fin de l'année 2022. Nous n'avons pas dit cela, ce sont les responsables ukrainiens à Kiev qui l'ont dit publiquement.

J'ai une question rhétorique : pourquoi était-il nécessaire d'empêcher l'Ukraine et nous-mêmes de signer ce traité ? Je ne peux que supposer que quelqu'un voulait atteindre les objectifs qu'il s'était fixés dans l'orientation russienne de sa politique étrangère, à savoir mener à bien la destruction de la Russie, obtenir sa défaite stratégique à tout prix, etc.

Vous m'avez demandé ce qu'il fallait faire. J'espère avoir donné une réponse assez complète. Lorsque vous aurez l'occasion de parler aux dirigeants de votre pays, demandez-leur : pourquoi avez-vous empêché la conclusion d'un traité de paix entre la Russie et l'Ukraine ?

Ce que je vous ai dit n'est qu'une supposition quant aux raisons qui les ont poussés à agir de la sorte. Mais il y a peut-être une autre réponse, plus complète et plus officielle. Je ne peux évidemment pas donner une réponse complète au lieu de mes collègues des États-Unis et de Grande-Bretagne.

Mais je n'ai aucun doute sur le fait que monsieur Johnson est venu et a fait cela non seulement de sa propre initiative mais, j'en suis sûr, avec le soutien de l'administration américaine.

J. Jordan : Merci, monsieur le Président.

Avec votre permission, permettez-moi de poser une autre question brève, qui n'est pas liée à l'Ukraine. Elle concerne le journaliste Evan Hershkovich, qui est en détention depuis plus d'un an. Jusqu'à présent, aucune preuve n'a été rendue publique concernant les crimes qu'il a commis. Pouvez-vous nous informer sur les négociations en cours avec les États-Unis concernant sa libération ? Quand pourrons-nous le voir ?

V. Poutine :
Vous savez, vous pensez qu'il n'est coupable de rien, mais les forces de l'ordre et les services spéciaux russiens pensent qu'il a commis des actes illégaux, ce qu'on appelle de l'espionnage. Je ne vais pas entrer dans les détails et les spécificités maintenant. Je sais que l'administration américaine prend des mesures énergiques pour obtenir sa libération, c'est vrai. Mais ces questions ne sont pas résolues par les médias, elles nécessitent une approche et un dialogue professionnels calmes et tranquilles entre les agences de renseignement. Et bien sûr, elles ne devraient être résolues que sur la base de la réciprocité. Les services compétents des États-Unis et de la Russie sont en contact les uns avec les autres sur cette question.

A. Kondrachov : Merci, monsieur Jordan.

Nous passons maintenant à la Turquie, avec le directeur général adjoint et rédacteur en chef de l'agence de presse turque Anadolu, Yusuf Ozkhan.

Monsieur Ozkhan, veuillez poser votre question.

Y. Ozkhan (comme traduit) : Merci beaucoup, monsieur le Président, de nous avoir invités ici aujourd'hui.

J'aimerais poser une question complémentaire à celle que j'ai posée il y a trois ans. C'était par Zoom, la question porte sur Gaza, la guerre à Gaza. Des millions de personnes dans le monde s'élèvent contre les attaques contre la population de Gaza, qui atteignent le niveau d'un génocide en ce moment. Est-ce que la Russie veut jouer un rôle dans la recherche d'une solution à ce qui se passe actuellement à Gaza et comment estime-t-elle le faire ? Souhaitez-vous faire appel aux mécanismes du Conseil de sécurité ? Parce que non seulement les habitants de Gaza, mais aussi les habitants de la Palestine dans son ensemble, les personnes de différentes origines, religions, ethnies, les personnes qui n'ont rien à voir avec la Palestine, en principe les gens du monde entier, les puissances mondiales appellent à mettre fin à ce qui se passe actuellement dans la bande de Gaza.

V. Poutine :
La première chose que je voudrais dire est que, bien sûr, nous sommes contre le terrorisme dans toutes ses manifestations, contre les attaques contre les civils n'importe où et dans n'importe quel pays.

Mais ce qui se passe actuellement à Gaza en réponse à l'attaque terroriste bien connue en Israël ne ressemble pas à une guerre. Il s'agit d'une sorte d'anéantissement total de la population civile.

Je ne peux que reprendre la position officielle de la Russie à ce sujet. Nous pensons que c'est le résultat de la politique des États-Unis, qui ont monopolisé le règlement israélo-palestinien et mis de côté tous les outils qui avaient été créés auparavant pour des tentatives collectives de résolution de cette question des plus complexes.

Il se peut que certains membres de l'administration aient pensé que moins il y aurait d'opinions, plus vite il serait possible de parvenir à un accord, mais la pratique a montré que ce n'était pas le cas.

Deuxièmement, il n'est pas non plus prometteur de résoudre le problème par une sorte d'aide matérielle. Nous en avons parlé. Nous avons parlé du fait qu'il est peu probable qu'il soit possible de remplacer la solution des questions politiques liées au sort du peuple palestinien par la perspective historique en distribuant quelques carottes économiques. Oui, il est nécessaire de créer une atmosphère propice à la résolution de certains problèmes, mais il est toujours nécessaire de résoudre l'essentiel.

Les questions politiques doivent être résolues. Et laquelle est la principale ? Il s'agit de la création de deux États, comme le prévoyait à l'origine la décision des Nations unies : créer deux États sur ce territoire — un État palestinien et un État juif. Par conséquent, si l'on ne résout pas les questions clés, je pense qu'il n'est guère possible de résoudre la question dans son essence.

Je dois dire qu'en ce sens, la position de la Russie est fondée sur des principes et ne dépend d'aucune conjoncture. Depuis l'époque soviétique, nous reconnaissons depuis longtemps l'État palestinien en tant que tel. En ce sens, notre position n'a pas changé. Nous savons que le Président Erdoğan déploie des efforts énergiques pour résoudre ce problème très aigu et de longue date. Et compte tenu de l'autorité du Président Erdogan dans la région, dans le monde entier et dans le monde islamique, nous nous attendons à ce que sa contribution soit notable. Pour notre part, nous sommes prêts à faire tout ce qui dépend de la Russie pour résoudre la situation, en tenant compte en particulier de nos relations avec l'État d'Israël au cours des dernières décennies.

A. Kondrachov : Monsieur Ozkhan, avez-vous une deuxième question à poser pendant que vous en avez encore la possibilité ?

Y. Ozkhan : Oui, j'ai encore une question, qui concerne les relations entre la Turquie et la Russie. Vous négociez depuis dix ans, et l'un des mégaprojets que la Turquie et la Russie ont construit ensemble est la centrale nucléaire d'Akkuyu. Envisagez-vous maintenant l'avenir ? Y a-t-il des changements du côté russien, des progrès en ce qui concerne la construction de la plate-forme gazière, le centre dont il a été question ces dernières années ? Y a-t-il des nouvelles du côté russien à propos de ce projet ou d'autres projets futurs qui sont discutés entre les deux pays ?

Merci.

V. Poutine :
En ce qui concerne Akkuyu, tout se déroule comme prévu, le calendrier est estimé absolument, il n'y a pas de retard, un grand nombre de personnes travaillent, principalement des ouvriers du bâtiment. Les constructeurs turcs sont impliqués dans la réalisation d'un grand nombre de travaux de construction. Nos spécialistes travaillent en Turquie, nous sommes reconnaissants aux autorités turques pour les conditions qui ont été créées pour ce travail. Le premier bloc est en cours d'achèvement et tous les blocs sont travaillés de manière tout à fait normale.

Quant aux hydrocarbures... D'ailleurs, je l'ai déjà dit, je peux le répéter : nous ne nous contentons pas de construire une station, nous formons du personnel. Nous sommes prêts à collecter le combustible usé, etc. Nous créons une industrie. Il ne s'agit pas seulement d'une station, mais d'une nouvelle branche de l'économie et de l'industrie énergétique turques. Le Président Erdogan a fait ce choix stratégique, qui me semble très judicieux. Il permet, entre autres, de s'affranchir de la dépendance aux hydrocarbures. Ce que l'on peut dire ici, c'est que nous avons un partenariat très fiable.

Quant au hub gazier, nous y réfléchissons. Le Gazprom est en contact avec BOTAS et d'autres partenaires. Pour que les choses soient claires, je tiens toujours à expliquer : il ne s'agit pas seulement d'une installation de stockage de gaz, mais d'une plateforme électronique qui servira en premier lieu à l'échange de gaz, principalement pour l'Europe.

Je voudrais attirer votre attention sur le point suivant. Nous surveillons à la fois le Blue Stream, qui passe sous la mer Noire et fournit du gaz à la Turquie, et le Turkish Stream, qui achemine également du gaz vers l'Europe. Nous devons protéger ces deux voies d'acheminement du gaz sous la mer Noire parce que les forces armées ukrainiennes tentent de les attaquer et de les détruire. En tout état de cause, les navires qui les surveillent sont constamment attaqués.

Tout récemment, je ne sais pas, il y a probablement sept à dix jours, des drones ukrainiens ont tenté d'attaquer une station de pompage de gaz située sur la côte de la mer Noire et à partir de laquelle le gaz est acheminé vers la Turquie.

Par ailleurs, nous aimerions attirer votre attention sur le fait que la Turquie coopère avec l'Ukraine dans certains domaines, alors que l'Ukraine tente en même temps de s'attaquer aux gazoducs qui acheminent le gaz vers la Turquie. Il ne s'agit pas d'une plaisanterie, ni d'une exagération. Deux drones ont été repoussés par les systèmes de lutte radioélectronique de l'armée russienne et ont atterri près de cette station de pompage de gaz sur la côte de la mer Noire. Je n'invente rien, je ne ponds rien, c'est juste comme ça. Veuillez simplement informer notre ami le Président Erdogan de ce qui se passe en réalité. Les navires qui surveillent ce système de transport de gaz, posé au fond de la mer Noire, sont constamment attaqués par ces bateaux sans équipage qui, soit dit en passant, sont fournis à l'Ukraine par des pays européens. Ici, ils attaquent nos navires en mer Noire qui gardent ces deux systèmes de gazoducs.

Nous devrions probablement en parler plus souvent et plus clairement, mais d'une certaine manière, du point de vue de la propagande dont notre collègue espagnol s'est tant plaint, nous ne nous en sortons pas toujours bien. Mais cela arrive tout le temps dans la réalité. Mais les relations bilatérales se développent avec succès et le chiffre d'affaires commercial augmente.

Il est vrai que je regarde de l'extérieur ce qui se passe. Il me semble que le bloc économique du gouvernement turc a récemment mis l'accent sur l'obtention de prêts, d'investissements et de subventions de la part des institutions financières occidentales. Ce n'est probablement pas une mauvaise chose. Mais si cela s'accompagne de restrictions sur le commerce et les liens économiques avec la Russie, l'économie turque subira plus de pertes que de gains. À mon avis, une telle menace existe. Il s'agit d'une question qui mérite une attention particulière. Nous nous contentons de regarder les chiffres. Et les indicateurs macroéconomiques requièrent une attention particulière de la part du gouvernement turc pour le moment. Je ne veux pas entrer dans les détails, bien que je les connaisse bien, je suis immergé dans le matériel. Je comprends ce qui se passe là-bas.

A. Kondrachov : Merci beaucoup pour votre question, monsieur Ozkhan.

Vladimir Vladimirovitch, vous avez récemment effectué une visite d'État de trois jours en Ouzbékistan, que vous avez jugée très fructueuse et réussie. Et maintenant, vous avez un invité de Tachkent. Il s'agit d'Abdousaid Koutchimov, directeur général de l'Agence nationale de presse de l'Ouzbékistan.

Abdousaid Koutchimovitch, vous avez la parole.

A. Koutchimov : Merci.

Vladimir Vladimirovitch, lors des récents entretiens à Tachkent, vous et le Président Chavkate Mirziyoyev avez échangé des points de vue sur des questions internationales d'actualité.

La paix et la stabilité sur le territoire afghan voisin sont extrêmement importantes pour notre Ouzbékistan. Malheureusement, nous constatons que les événements en Ukraine ont complètement évincé de l'agenda mondial le problème tout aussi grave, à nos yeux, de l'Afghanistan. Bien qu'il existe un besoin objectif d'établir une coopération avec les nouvelles autorités afghanes et d'aider à résoudre les problèmes socio-économiques du peuple afghan qui souffre depuis longtemps. En outre, nous pouvons constater le ferme désir du nouveau gouvernement afghan, c'est-à-dire des Talibans, d'instaurer la paix dans le pays et de coopérer de manière constructive avec tous les États.

Dans ce contexte, ma question est la suivante. Quelle est l'importance pour la Fédération russienne de maintenir le dialogue avec l'Afghanistan ? La direction afghane occupe-t-elle aujourd'hui une place importante dans la politique russienne ? Et quelle est votre attitude à l'égard des processus en cours dans ce pays ?

Merci.

V. Poutine :
Tout d'abord, je voudrais confirmer que la visite en Ouzbékistan a été très approfondie, fructueuse et productive. Peut-être n'avons-nous jamais eu un tel format avec quelqu'un d'autre auparavant. En effet, à l'initiative du Président Mirziyoyev, nous sommes non seulement venus en Ouzbékistan à l'invitation du Président avec une importante délégation gouvernementale, mais nous avons également organisé une réunion des dirigeants régionaux. Il s'est avéré que la moitié du gouvernement russien est venue à Tachkent, ainsi qu'un grand nombre de dirigeants régionaux de la Fédération russienne. Certains chefs de régions russiennes étaient heureux de communiquer avec les dirigeants du gouvernement renouvelé de la Fédération russienne à Tachkent, ce qui était intéressant, mais ils interagissaient aussi très activement entre eux. Cela s'est avéré très utile, même si je ne m'y attendais pas. C'est la première chose.

Deuxièmement, nous avons également discuté du problème de l'Ukraine, et le Président Mirziyoyev, bien sûr, est activement en faveur d'un règlement pacifique de la crise ukrainienne, et a parlé à plusieurs reprises des préoccupations de l'Ouzbékistan à propos de ce qui se passe en Ukraine. Mais nous sommes reconnaissants au Président du fait que la politique de l'Ouzbékistan en la matière est clairement neutre et très équilibrée.

En ce qui concerne l'Afghanistan, nous en avons beaucoup parlé également. Le problème auquel l'Ouzbékistan est confronté est celui de l'accès à l'océan mondial, aux mers, ici tout est clair. Il y a différentes options ici, y compris le développement de la logistique à travers le territoire de l'Afghanistan, toutes sortes de logistique : transport par pipeline, transport ferroviaire, transport routier, fourniture de transporteurs d'énergie, d'électricité et ainsi de suite.

Et bien sûr, à cet égard, la stabilité de l'Afghanistan est très importante pour l'Ouzbékistan et pour nous. Nous sommes toujours partis du principe que les Talibans contrôlaient le pouvoir en Afghanistan et, bien entendu, nous devons veiller à ce que tous les accords conclus au niveau des Nations unies soient mis en œuvre, y compris un pouvoir inclusif, avec la participation de tous les groupes ethniques d'Afghanistan. Il s'agit d'une question délicate et très importante. Mais nous devons établir des relations avec le gouvernement taliban.

En général, nous avons des contacts. Je sais que l'Afghanistan les développe également. Nous irons de l'avant, nous devons d'une manière ou d'une autre établir des relations avec notre pays voisin, d'autant plus que l'Ouzbékistan a une longue frontière, et qu'il est nécessaire d'assurer la sécurité et, je le répète, de développer la logistique.

Nous avons convenu que nous travaillerons certainement ensemble sur ce point, nous étudierons ces opportunités.

Merci de votre attention.

A. Kondrachov : Merci, Abdousaid Koutchimovitch.

Et enfin, notre voisin d'Extrême-Orient — Toshimitsu Sawai, directeur exécutif de l'agence de presse japonaise Kyodo News. Monsieur Sawai est un journaliste international très expérimenté qui a une longue carrière. Au cours de sa carrière, il a travaillé comme correspondant dans de nombreuses régions du monde, par exemple au Kenya, en Thaïlande, au Pakistan et aux États-Unis.

Monsieur Sawai, veuillez poser votre question.

Toshimitsu Sawai (comme traduit) : Merci beaucoup, Vladimir Vladimirovitch, de me donner l'occasion de vous poser une question aujourd'hui.

De nombreux problèmes dans la région extrême-orientale du monde préoccupent le Japon. Il s'agit tout d'abord de problèmes territoriaux avec la Russie. Ensuite, il y a la coopération militaire de la Russie avec la Corée du Nord, qui s'intensifie actuellement. Ce sont les deux problèmes auxquels le Japon est actuellement confronté.

En ce qui concerne les questions territoriales et les problèmes territoriaux, c'est une question qui se pose. Vous avez déclaré à Khabarovsk cette année que vous vous rendriez certainement dans les quatre îles Kouriles contestées. Avez-vous déjà des plans spécifiques, un calendrier ? Pensez-vous que nous sommes dans une telle situation maintenant que les négociations ont été suspendues et que si vous vous rendez sur ces territoires, nos relations bilatérales en souffriront encore plus ? Pourriez-vous nous dire comment vous comptez vous y prendre ?

En ce qui concerne les négociations russieno-japonaises et leur reprise : pendant la période de l'OMS en Ukraine, ces négociations ont été suspendues. Les descendants des anciens insulaires ne peuvent-ils pas avoir la possibilité de reprendre leurs visites pour se rendre sur les tombes de leurs ancêtres sur les îles ?

V. Poutine :
Nos relations avec le Japon se sont développées de manière régulière et progressive. Il y a eu beaucoup de questions, en particulier celles concernant le point principal, le point clé de nos relations — le traité de paix. De toute évidence, il était difficile de conclure le traité de paix sans définir les questions liées aux îles Kouriles. Nous en étions conscients.

Dans les années 1950, comme vous et moi le savons très bien, le gouvernement soviétique a pris une décision, je pense en 1956, une déclaration a été signée selon laquelle l'Union soviétique était prête à transférer deux de ces îles au Japon. Certes, il n'a pas été précisé sur quelles bases, il n'a pas été précisé sous quelle souveraineté les îles seraient placées, il n'a pas été précisé d'autres conditions, peut-être matérielles, ou autres. Mais l'idée même du transfert était exprimée dans cette déclaration. De plus, elle a même été ratifiée par le Soviet suprême de l'URSS. Puis, pour une raison ou une autre, les Japonais ont refusé de respecter ces accords. En conséquence, l'Union soviétique a également annoncé qu'elle retirait cette ratification.

À la demande de la partie japonaise, nous avons repris l'examen de ces questions. Le dialogue n'a pas été facile, mais il a tout de même eu lieu.

Vous venez de mentionner plusieurs problèmes.

Visite des îles. La Fédération russienne considère que ces îles font partie du territoire souverain de la Russie. Je ne vois donc pas pourquoi je serais gêné de visiter l'un des territoires de la Fédération russienne. C'est la première chose.

Pourquoi le croyons-nous ? Parce que les documents pertinents ont été signés, y compris aux États-Unis par des délégations des deux parties, et c'est l'un des résultats de la Seconde Guerre mondiale. Et nous ne révisons pas les résultats de la Seconde Guerre mondiale.

Cela ne signifie pas qu'il n'y avait aucune possibilité de négocier d'une manière ou d'une autre, c'est une question subtile, mais elle ne se situe pas sur le plan du « noir et blanc », c'est beaucoup plus compliqué. Mais ce n'est pas grave, nous n'avons pas eu peur de dialoguer dans cette direction.

La première chose que je voudrais dire, c'est que je ne vois aucune raison de ne pas visiter ces îles. Pour être honnête, je n'ai pas encore prévu de visiter ces îles parce que je suis occupé par d'autres questions.

Mais vous venez de dire que ma visite entraînera des problèmes dans la résolution des questions liées à la préparation du traité de paix. Cher collègue, l'annonce par le Japon qu'il se joint à l'effort de défaite stratégique de la Russie ne constitue-t-elle pas un obstacle à la poursuite du dialogue sur un traité de paix ? Le Japon s'est joint aux appels à la défaite stratégique de la Russie, et vous pensez que c'est une bonne condition pour les négociations d'un traité de paix ? Pensez-vous que mon hypothétique désir de visiter les îles soit plus sérieux que la déclaration du gouvernement japonais selon laquelle il est nécessaire de parvenir à la défaite stratégique de la Fédération russienne ? Je sais que ce n'est pas votre question personnelle, c'est une question dictée par le comité de rédaction, etc. Mais vous devriez poser cette question à vos dirigeants. C'est la première chose.

Deuxièmement, nous voyons l'engagement du Japon aujourd'hui dans cette crise ukrainienne. Il n'y a pas de conditions pour poursuivre le dialogue entre la Russie et le Japon sur le traité de paix. Nous ne refusons pas de le reprendre, mais seulement si les conditions nécessaires sont créées, et tout d'abord du côté japonais. Nous n'avons rien fait dans les relations bilatérales qui puisse compliquer le dialogue russieno-japonais. Rien. Tout ce qui a été fait l'a été par le Japon.

Parlons maintenant des relations entre la Russie et la République populaire démocratique de Corée. On peut traiter comme on veut ce qui était et ce qui est actuellement. Tout d'abord, à mon avis, la République populaire démocratique de Corée a démontré à plusieurs reprises sa volonté de négocier, y compris avec les États-Unis. Je pense que c'est cette volonté de négocier qui a motivé la rencontre entre l'ancien président américain monsieur Trump et Kim Jong-un. Et la partie américaine a vu cette volonté. De plus, les Nord-Coréens ont convenu avec les Américains qu'ils ne mèneraient pas d'essais, qu'ils élimineraient une sorte de terrain d'essai. Non seulement ils se sont mis d'accord en réponse aux mesures correspondantes de la part des États-Unis, y compris dans le secteur bancaire, mais ils l'ont fait. Ils l'ont fait, n'est pas ? Qu'ont-ils obtenu en réponse ? Les États-Unis ont unilatéralement violé ces accords, directement et sans honte. Naturellement, les Coréens se sont retirés de ces accords. Et alors ? Et qu'est-ce qui nous empêche de développer des relations avec un pays avec lequel nous avons une frontière commune ?

Il y a des choses sur lesquelles, vous savez, même moi, j'ai des questions. Oui, à un moment donné, nous avons soutenu certaines mesures concernant la Corée du Nord, par exemple, dans le domaine de la migration de la main-d'œuvre. Je vous dis honnêtement à tous, vous qui travaillez tous dans le domaine de l'information, vous qui êtes tous impliqués dans ces processus, dans le matériel : eh bien, pourquoi avons-nous fait cela, franchement ? Quel est le problème ? Les travailleurs migrants. Quelle menace représentent-ils et pour qui ? C'est assez étrange. Nous nous soucions de l'environnement, nous nous soucions de certains oiseaux, de certains animaux marins, de ceci et de cela. Et si des gens meurent de faim, ce n'est pas parce qu'ils sont militants, ce sont des citoyens, des individus, de simples citoyens du pays, et on leur interdit de travailler quelque part, on les empêche de gagner de l'argent pour qu'ils puissent nourrir leur famille. C'est bizarre. Vraiment bizarre.

Vous savez, même maintenant, je parle abstraitement par rapport à tous les problèmes qui se posent. Vous savez, il en sera toujours ainsi dans le monde, si quelqu'un est menacé. Ils sont menacés, ils réagissent. S'il n'y avait pas de menaces, je pense que la question nucléaire serait progressivement résolue. Mais ils sont constamment menacés, et que devraient-ils faire en réponse ?

Quant à nos relations avec la Corée du Nord, avec la République populaire démocratique de Corée, ce sont nos voisins. Nous développerons nos relations, que cela plaise à quiconque ou non.

A. Kondrachov : Merci beaucoup pour votre question.

Vladimir Vladimirovitch, Samia Nakhoul de Reuters demande la parole, nous ne pouvons pas refuser, n'est-ce pas ? Votre question, s'il vous plaît.

S. Nakhoul (comme traduit) : Oui, vous savez, j'ai deux questions.

Tout d'abord, un suivi sur ce qui se passe à Gaza. La guerre dure depuis huit mois. Le Premier ministre [israélien] Netanyahou a déclaré qu'il ne s'arrêterait pas tant que le Hamas ne serait pas vaincu, ce qui n'est pas encore le cas. Quels scénarios envisagez-vous pour la suite de la crise ?

Par ailleurs, compte tenu de vos relations diplomatiques avec les autorités palestiniennes, avec le Hamas, de votre influence même auprès des États du Golfe, pensez-vous pouvoir jouer un rôle de premier plan dans la médiation, pour mettre un terme à ce conflit sur la base d'une solution à deux États telle qu'envisagée par la conférence de Madrid ? Y a-t-il un espoir pour un État palestinien ? C'est ma première question.

V. Poutine :
Je pense qu'il y a de l'espoir. Il y a de l'espoir, entre autres, parce qu'il y a des gens aux États-Unis et en Israël même qui sont en faveur de la création de deux États et qui croient que c'est sur cette voie — sur la voie de la création de deux États souverains — que nous pouvons trouver un chemin vers la paix, que nous pouvons trouver une formule pour la paix.

Est-il important que la Russie joue un rôle de premier plan ? Je ne pense pas. De nombreux acteurs sont impliqués dans ce conflit et ont une influence considérable sur les événements qui se déroulent. Mais nous pouvons bien sûr contribuer à la tentative de règlement. Compte tenu des relations qui se sont développées au cours des dernières décennies avec Israël, et compte tenu de nos relations traditionnelles, très confiantes, avec le monde islamique et arabe.

Je pense que la contribution décisive doit encore être apportée par les pays de la région et les organisations : l'Organisation de la conférence islamique, la Ligue arabe ; les États voisins, l'Égypte, bien sûr, l'Arabie saoudite, les États du Golfe, la Turquie en tant qu'un des principaux acteurs du monde islamique, bien sûr les États-Unis — nous n'adhérons pas du tout à une position extrémiste selon laquelle les États-Unis devraient être exclus : pourquoi, Dieu nous en préserve, c'est impossible. Et Israël, bien sûr.

Mais nous devons trouver un juste milieu. Je le répète encore une fois : je pense qu'il est possible de le faire en tenant compte de l'état d'esprit des sociétés américaine et israélienne, respectivement, et plus encore en tenant compte de l'état d'esprit du monde islamique et arabe.

Nous essayons d'exercer le plus d'influence possible sur les événements en cours, y compris sur le plan humanitaire. Comme vous le savez, nous avons joué un certain rôle dans la libération de plusieurs otages d'origine russienne. Nous poursuivons ce travail avec nos partenaires, avec lesquels, vous avez raison, nous avons des relations stables et confiantes, établies depuis des décennies.

Mais nous devons travailler ensemble. Nous ne devons pas monopoliser ce travail. C'est à regretter, parce que la monopolisation pourrait être bonne, si celui qui monopolise avait une position neutre. Mais un monopoleur ne peut pas s'en tenir à une position neutre, il prend inévitablement la position de l'une des parties, et tout s'écroule et conduit aux tragédies que nous connaissons actuellement.

C'est ainsi que cela se passe.

Je vous en prie.

S. Nakhoul (comme traduit) : Et en ce qui concerne les scénarios : comment voyez-vous le scénario du conflit à Gaza se développer ?

Et une dernière question après cela.

V. Poutine :
Nous avons à plusieurs reprises proposé des initiatives de cessez-le-feu au Conseil de sécurité de l'ONU, mais les États-Unis les bloquent, y opposent leur veto. Si nous étions solidaires, si nous négociions, ce serait le bon scénario. Mais jusqu'à présent, nous n'y sommes pas parvenus.

Nous sommes directement en faveur d'un cessez-le-feu — c'est le veto, une autre initiatives — un autre veto. Si nous n'opposions pas notre veto mutuel, mais que nous essayions de trouver un accord sur la base de notre intérêt à résoudre le problème, ce serait peut-être le moyen de résoudre le problème.

Avez-vous une autre question à poser ? S'il vous plaît.

S. Nakhoul : Oui, pour en revenir à l'Ukraine : quel serait le déclencheur d'une guerre nucléaire ? Et à quel point sommes-nous proches de ce risque ?

V. Poutine :
Vous savez, ils ne cessent de nous accuser d'agiter une sorte de matraque nucléaire. Mais est-ce que je viens de soulever la question de la possibilité d'utiliser des armes nucléaires ? C'est vous qui l'avez fait. Vous m'amenez sur ce sujet, puis vous dites que j'ai brandi une matraque nucléaire.

Vous savez, c'est un sujet complexe. Les Américains, les États-Unis sont le seul pays à avoir utilisé des armes nucléaires pendant la Seconde Guerre mondiale : Hiroshima, Nagasaki — c'était 20 kilotonnes. Nos armes nucléaires tactiques — c'est 70-75 kilotonnes, ces armes nucléaires tactiques. Faut pas amener non seulement au point d'utilisation, mais même à la menace de son utilisation.

Pour une raison ou une autre, l'Occident pense que la Russie ne l'utilisera jamais. Nous avons une doctrine nucléaire — regardez ce qu'elle dit. Si les actions de quelqu'un menacent notre souveraineté et notre intégrité territoriale, nous considérons qu'il nous est possible d'utiliser tous les moyens à notre disposition.

Nous ne devons pas prendre cela à la légère, superficiellement, mais professionnellement. J'espère que tout le monde dans le monde traitera les questions de ce type de cette manière.

A. Kondrachov : Merci, Samia Nakhoul.

Ali Naderi, de l'agence de presse iranienne IRNA, souhaite poser une dernière question.

S'il vous plaît, monsieur Naderi.

A. Naderi (comme traduit) : Que Dieu nous aide !

Cela fait maintenant trois heures que nous parlons. Dans vos discours, vous avez parlé des sanctions, et vous avez également parlé de l'adhésion de l'Iran à l'Organisation de coopération de Shanghai et à l'organisation des BRICS, et de la coopération au sein de ces organisations pour créer un monde multipolaire.

Ma question est la suivante : comment voyez-vous l'ordre mondial à l'avenir, en tenant compte de la volonté des différents pays indépendants ? Selon vous, le monopole et le monde unipolaire vont-ils persister ?

V. Poutine :
Vous savez ce qui s'est passé ? Nous en avons parlé à maintes reprises, personne ne le sait mieux que vous. L'Union soviétique s'est effondrée : elle s'est effondrée ou a été effondrée — peu importe, ce qui compte, c'est qu'elle a cessé d'exister. Il ne restait plus qu'une superpuissance, qui pensait que Dieu s'était endormi sur son épaule et qu'elle pouvait désormais commander à tout le monde. Mais le monde est complexe, diversifié, il se développe rapidement, de nouveaux centres de pouvoir émergent.

L'un des hommes politiques d'Europe occidentale a déclaré — ce n'est pas moi qui l'ai dit, ce n'est pas moi, je veux que ce soit clair pour tout le monde — que tous les États européens sont des petits États, mais que tout le monde ne l'a pas encore réalisé.

Regardez comment l'Asie se développe. La République populaire de Chine compte un milliard et demi d'habitants, l'Inde probablement plus. D'autres pays asiatiques, l'Asie du Sud, l'Asie du Sud-Est, le Bangladesh, le Pakistan, l'Indonésie se développent à grande vitesse. Le rythme de développement est élevé et la population augmente. Et selon toute apparence, les tendances sont telles que le développement y est transféré petit à petit.

Plusieurs processus sont en cours dans cette région du monde, rattrapant non seulement le taux de croissance, mais aussi le niveau de vie. Tout cela conduira inévitablement à un changement dans la configuration du monde. Même aujourd'hui, nous ne pouvons pas parler de monopole, il n'existe plus. Le monde, bien sûr, ne peut exister que s'il est divers, dans sa diversité. S'il y a un monopole complet, ce sera terrible. Tout comme la nature et la politique, le monde est toujours diversifié.

Je ne sais pas si c'est une bonne chose pour les États-Unis eux-mêmes qu'un tel monopole ait été créé après l'effondrement de l'Union soviétique. Je veux dire qu'il a fallu un effort supplémentaire de la part des États-Unis eux-mêmes.

Les États-Unis consacrent plus d'argent à la défense que tous les autres pays réunis. Si l'on additionne tous les pays du monde, les États-Unis dépensent plus pour la défense que tous les autres pays réunis. Pourquoi ? Beaucoup d'argent est dépensé pour maintenir des bases à l'étranger.

On me demande souvent comment vous arrivez à disposer d'armes aussi modernes que, par exemple, les unités glissants d'Avangard, par exemple, ou d'autres ? Parce que nous concentrons nos efforts, nos finances et nos ressources administratives sur la résolution des tâches principales. Et les États doivent dépenser de l'argent pour l'entretien des forces armées, car s'il y a des bases étendues dans le monde entier, les coûts sont énormes et la détrousse est illimitée. Je n'accuse personne de quoi que ce soit en ce moment, et il y a beaucoup de vols et de tricheries — partout, chez nous et dans vos pays, mais aux États-Unis, c'est davantage dans le domaine militaire. Pourquoi ? Parce qu'il y a toujours plus de vol dans la maintenance, c'est inévitable.

D'énormes ressources sont consacrées au maintien de son statut d'empire. Cela profite-t-il aux citoyens des États-Unis ? Je pense que non. Cela contribue simplement à ce que les États-Unis quittent lentement leur orbite, et les chercheurs américains le savent, en parlent explicitement et écrivent explicitement à ce sujet. Je les lis. La question est de savoir comment, à quel train la descente depuis l'orbite va s'effectuer.

S'il y avait des gens intelligents, ils liraient ce que leurs chercheurs écrivent et s'y adapteraient pour durer plus longtemps sur l'Olympe. Mais les dirigeants actuels veulent s'accrocher à tout prix à cette position impériale et ne font que se nuire à eux-mêmes. Mais les changements se poursuivent, ils sont inévitables, ils sont déjà en cours, il n'y a plus de monde unipolaire.

Il me semble que la tâche qui nous incombe à tous est de veiller à ce que les États-Unis, l'Europe, la Russie et l'Asie, conscients de cette réalité, ne tombent pas dans l'extrême, comme l'a dit notre collègue britannique. Et que, conscients de cela, nous restreignions nos ambitions et sachions comment négocier, et non pas nous soustraire à des accords par la négociation. Alors, le monde changera, mais sans les cataclysmes dont tout le monde a si peur.

A. Naderi (comme traduit) : J'ai encore une question. Aujourd'hui, l'agence nucléaire internationale AIEA a publié un document contre la République islamique d'Iran. Étant donné que l'Amérique s'est retirée de l'accord nucléaire et n'y a pas participé, cet accord a été accepté.

Je pense qu'il faut une agence, un organisme plus professionnel, plus compétent, qui puisse être utilisé comme une arme.

À quoi cette situation est-elle liée, selon vous ?

V. Poutine :
Je ne suis pas sûr d'avoir compris votre question. Mais l'Iran a rempli toutes ses obligations dans le cadre de l'accord bien connu que vous venez de mentionner, tout. Il est impossible de faire des réclamations contre l'Iran.

Puis les États-Unis ont décidé unilatéralement de se retirer de l'accord, et les Européens ont continué à exiger de l'Iran qu'il respecte ses engagements. Pardonnez-moi, mais cela n'a pas de sens. Ce n'est pas l'Iran qui s'est retiré de l'accord — les États-Unis s'en sont retirés, l'ancien président Trump a décidé de se retirer de l'accord. Et les Européens disent : oui, ce n'est pas très joli que les Américains se soient retirés, mais vous, les Iraniens, continuez toujours de le respecter. Mais pourquoi, foutaise, les Iraniens ? Désolé, c'est un peu grossier en russe. Mais si un acteur clé s'est retiré de l'accord, pourquoi l'Iran devrait-il porter le fardeau du respect de l'accord ?

Néanmoins, vous savez, même nous avons persuadé l'Iran de ne pas prendre de mesures drastiques, de ne pas se retirer de cet accord afin de ne pas aggraver les relations avec l'Europe. Je vais vous révéler un secret. Bien qu'il s'agisse d'un secret de Polichinelle, comme on le dit chez nous. Nous avons également persuadé les dirigeants iraniens : calmez-vous, ce sera pire pour vous, il vaut mieux respecter cet accord. Mais je n'arrêtais pas de me dire : pourquoi les Iraniens devraient-ils le respecter si d'autres s'en retirent ? C'est incompréhensible.

Mais en général, bien sûr, nous devons chercher des mécanismes qui seraient stables. C'est clair pour tout le monde. Aujourd'hui, ils ont signé un accord et demain ils s'en retirent — comment peut-on travailler das ces conditions ? On ne cesse de nous dire que la confiance est très importante. Mais où est cette confiance, d'où viendra-t-elle ? Lorsque l'administration change : l'un est parti, l'autre est arrivé, et immédiatement toutes les obligations assumées auparavant sont jetées à la poubelle.

C'est comme si aujourd'hui chacun pense à la sienne, je pense à la mienne. Un collègue des États-Unis a posé une question sur d'éventuels accords avec l'Ukraine. Eh bien, oui, nous étions presque sur le point de signer un accord avec l'Ukraine. Mais à la suggestion des États-Unis et de la Grande-Bretagne, tout cela a été jeté à la poubelle. Et aujourd'hui, comment négocier ?

Les dirigeants ukrainiens actuels ont décidé de s'en passer des élections. C'est un problème. L'article 103 de la Constitution ukrainienne stipule que le Président n'est élu que pour cinq ans. L'article 83 de la Constitution ukrainienne stipule qu'en cas de loi martiale, le mandat du parlement est prolongé. Mais il ne dit rien sur la possibilité de prolonger le mandat du Président.

Il existe une loi qui explique le statut de la loi martiale. Elle dit que les pouvoirs sont transférés au parlement et que les élections présidentielles n'ont pas lieu sous la loi martiale. Mais elle ne dit pas qu'elles sont prolongées, vous comprenez ? Elle ne dit pas cela. Elle dit qu'il n'y a pas d'élections présidentielles. Mais où est-il dit qu'elles sont prolongées ? Elle ne le dit pas. Et s'il ne le dit pas, il n'en est pas.

Au contraire, l'article 109 du code pénal ukrainien, je crois, stipule que ça s'appelle l'usurpation du pouvoir. Avec qui signer alors un accord ? Néanmoins, tout peut être résolu, tout peut faire l'objet d'un accord. Si les pleins pouvoirs sont transférés au président du parlement... S'il y a un désir de signer un accord, nous trouverons quelqu'un avec qui le signer, c'est une autre question.

En ce qui concerne l'Iran, je suis d'accord avec vous. Il est nécessaire de disposer d'une sorte d'instrument, qui doit probablement être développé à nouveau, qui serait à la fois légitime et fiable, afin que tous les participants à ce processus n'aient pas l'impression que demain toutes les conditions préalables seraint éliminées et que l'une des parties contractantes serait tenue responsable de ne pas avoir respecté quelque chose qu'elle n'a pas violé en réalité.

A. Naderi (comme traduit) : En ce qui concerne l'action de l'AIEA aujourd'hui concernant la publication de la résolution relative à la République islamique d'Iran, j'aimerais connaître votre opinion.

Merci de votre attention.

V. Poutine :
Je ne l'ai pas encore vue. Je dois examiner le texte, je ne le connais pas, cela fait une demi-journée que nous causons ici. Vous me le montrerez et j'essaierai alors de formuler mon opinion. Je ne peux pas encore le faire, car je n'ai pas vu cette résolution.

A. Kondrachov : Merci, monsieur Naderi.

Vladimir Vladimirovitch, cela fait presque trois heures que nous causons. Allons-nous nous arrondir ?

V. Poutine :
S'il y a quelque chose que vous jugez important et que nous n'avons pas encore touché, n'hésitez pas à le faire.

A. Kondrachov : Agence DPA, Allemagne.

M. Romanczyk (comme traduit) : Monsieur le Président, au cours des dernières heures, nous avons discuté des problèmes, nous avons discuté de ce que vous pensiez qu'il fallait faire pour résoudre ces problèmes. Nous avons parlé avec monsieur Lavrov les deux dernières fois — et pendant la réunion du G20. Le Brésil a pris l'initiative cette année.

Avez-vous décidé de venir participer au G20 ?

V. Poutine :
Je ne sais pas encore, je ne l'exclus pas. Tout d'abord, bien sûr, je dois me laisser guider par les exigences d'aujourd'hui. Comme vous le savez, nous avons beaucoup de questions dans notre pays, mais je ne l'exclus pas : peut-être je viendrai, peut-être je ne viendrai pas. Vous savez, nous comprenons dans quel monde nous vivons. Je vais vous dire franchement : cela dépendra de la situation dans le pays, de la situation dans la direction ukrainienne, de la situation dans le monde en général. Il n'est pas très bon de venir là-bas pour écouter des saletés sur la Russie de la part de ces partenaires qui nous considèrent comme des agresseurs, même si je pense qu'ils sont eux-mêmes des agresseurs, et de créer des problèmes pour nos amis. Nous travaillons au sein du G20 et nous continuerons de le faire. Je ne sais pas encore si je dois y apparaître moi-même. Nous verrons bien. Qui vivra, verra, comme on dit en Russie.

A. Kondrachov : Karim Talbi, Agence France-Presse.

K. Talbi : J'ai deux petites questions. La première, qui intéresse le peuple américain : est-ce que Tucker Carlson sera votre modérateur vendredi lors de la plénière [du SPIEF] ici à Saint-Pétersbourg ?

V. Poutine :
Carlson ? Je ne sais même pas qui sera le modérateur, je n'en ai aucune idée. Monsieur Peskov ne m'en a pas encore fait part.

(S'adressant à D. Peskov.) Qui sera le modérateur ?

D. Peskov : Je ferai un rapport séparé.

V. Poutine :
Il me fera un rapport séparé. Je ne sais pas. Monsieur Carlson et moi nous ne nous sommes pas concertés sur ce point.

K. Talbi : J'ai une deuxième question. Il fait nuit maintenant, mais derrière vous [on peut voir] trois drapeaux : le drapeau de la Russie, le drapeau de l'Empire russien et le drapeau de l'Union soviétique. Le drapeau de l'Empire russien est le plus haut, disons.

V. Poutine :
Non, non, ils sont tous égaux.

K. Talbi : Lequel vous tient le plus à cœur ?

V. Poutine :
Le drapeau officiel de la Fédération russienne, le tricolore, est le drapeau officiel de la Russie. C'est la première chose.

Deuxièmement, je peux vous dire qu'il ne s'agit pas d'une décision politique du gouvernement ni de l'administration présidentielle. C'était une décision de Gazprom, aussi étrange que cela puisse paraître. Monsieur Miller m'a dit, bien sûr, qu'il allait le faire. Je peux vous ouvrir cette discussion, il n'y a rien de secret ici. J'ai dit : pourquoi, nous avons un drapeau national. Il m'a répondu que cela faisait partie de notre histoire. Je pense qu'Alexandre II a établi le drapeau de l'Empire. Il pensait qu'il devait y avoir des couleurs noires et jaunes. Pourquoi ? Parce que ce sont les couleurs des armoiries russiens. C'est ainsi qu'il était présenté à l'époque, au XIXe siècle. Pierre le Grand a créé le drapeau d'État, le tricolore. Le drapeau de l'Union soviétique, surtout depuis que la victoire sur le nazisme lui est associée, a également le droit d'exister dans notre histoire et dans notre conscience publique. Je n'ai pas interféré, j'ai dit : « OK, si vous voulez le faire, faites-le ; faites-le, s'il vous plaît ».

Tout a une base, c'est tout. Il n'est pas nécessaire de chercher quelque chose qui n'existe pas, il n'est pas nécessaire de chercher un sous-texte, il n'est pas nécessaire de chercher certaines de nos ambitions impériales — il n'y en a pas. Elles n'existent pas, car le monde change rapidement. Voici l'Ouzbékistan — savez-vous combien d'habitants il compte ? Vous ne le savez pas. Combien y a-t-il d'habitants en France aujourd'hui ?

K. Talbi : Beaucoup.

V. Poutine :
Beaucoup. 60 millions, n'est-ce pas ? 65. En Ouzbékistan, c'est déjà 37. "Attention maintenant à l'écran : plus un million chaque année. Un million, c'est la croissance démographique de l'Ouzbékistan. À ce rythme, ils dépasseront bientôt la France. Si l'on soustrait les migrants, il y aura bientôt autant d'habitants en France qu'en Ouzbékistan.

Je vais vous expliquer pourquoi. Si quelqu'un nous soupçonne d'avoir des ambitions impériales, pensez-y : nous restaurerons l'Union soviétique et nous aurons une population majoritairement islamique. Cela ne vous est jamais venu à l'esprit ?

Il n'est pas nécessaire d'inventer quoi que ce soit sur un terrain vierge qui n'existe pas. Nous ne sommes pas opposés à la croissance de la population islamique — au contraire, nous sommes heureux de ce qui se passe aujourd'hui dans la Fédération russienne. Nous avons un très bon taux de natalité dans certaines républiques à population majoritairement islamique — nous en sommes très heureux. Mais ce que nous avions, c'est fini, la page est tournée. Nous regardons vers l'avenir en nous basant sur les réalités d'aujourd'hui. Les drapeaux que vous voyez font partie de notre histoire. N'inventez rien et ne vous faites pas une opinion sur la Russie à partir de ces inventions, ne vous faites pas une image de la Russie comme d'un ennemi — vous ne faites que vous nuire en faisant cela, comprenez-vous ?

Vous inventez des choses sur la volonté de la Russie d'attaquer l'OTAN. Avez-vous tous déraillé ou quoi ? Êtes-vous aussi balourds que cette table ? (Tape sur la table.) Qui a inventé ça ? C'est absurde, c'est de la foutaise ! Mais ce serait absurde si ce n'était pas pour mettre en caisse votre propre population, pour lui dire : « Haro ! La Russie va bientôt nous attaquer ! Et nous devons d'urgence nous armer, d'urgence envoyer des armes à l'Ukraine !" Et à quoi cela sert-il vraiment ? Pour maintenir votre propre position impériale et votre grandeur — c'est à cela que servent ces menaces et ces épouvantails pour les habitants de l'Allemagne, de la France et d'autres parties d'Europe. Une telle menace n'existe pas et ne peut pas exister. Nous nous défendons nous-mêmes en Ukraine.

Où sont les États-Unis — de l'autre côté de l'océan — et où sommes-nous. Imaginez que nous fassions au Canada ou au Mexique ce que les États-Unis font à notre porte, en Ukraine. Ou bien nous dirions en ce moment même que les États-Unis ont pris certains territoires du Mexique à un moment donné et que nous encourageons le Mexique à se battre pour récupérer ses territoires. Au fond, c'est à peu près la même chose que font les pays occidentaux dans la crise russieno-ukrainienne. Pourquoi n'avoir jamais voulu réfléchir sur ça ?

Nous devrions regarder pas ces drapeaux, mais l'essence même de ce qui se passe. Nous n'avons pas d'ambitions impériales, croyez-moi, tout cela est absurde, tout comme la menace de la Russie à l'égard des pays de l'OTAN et de l'Europe. Qu'est-ce qui vous arrive ? Regardez le potentiel de l'OTAN et regardez le potentiel de la Russie. Avez-vous décidé que nous sommes fous ou quoi ?

K. Talbi : En France, il n'y a pas à la fois du drapeau du dernier roi de France, du drapeau de Napoléon et du drapeau de la République près du palais. Et ces drapeaux — je m'excuse, quand je suis venu ici, je ne suis pas le seul à les avoir vus tout de suite. Ils sont très visibles.

V. Poutine :
Mais ils ne sont pas nulle part ailleurs.

Monsieur Miller — c'est son initiative privée, de sa société, il s'intéresse à l'histoire russe, à l'histoire russienne. Je vous le répète une fois de plus : cela n'a rien à voir avec autre chose que l'histoire et un hommage aux générations qui ont vécu avec ces bannières et ces drapeaux et qui ont obtenu des succès significatifs dans le développement de notre État.

A. Kondrachov : Merci.

Nous avons une autre petite question de l'agence espagnole EFE.

V. Poutine :
De ce train nous siégerons ici jusqu'à demain matin.

Peut-être devrions-nous remettre cela à demain. Nous devons encore nous rendre à Pouchkine, à Tsarskoe Selo.

A. Kondrachov : Permettez-moi de vous poser une dernière question.

V. Poutine :
Bon, allez-y.

J. Sanz Mingote (comme traduit) : Très brièvement. Demain, nous célébrerons le 80e anniversaire du débarquement [des troupes alliées] en Normandie, le débarquement des soldats américains. Ils ont combattu aux côtés des soldats russiens. Est-ce que vous excluez qu'aujourd'hui les Russes, les Français, les Américains puissent agir ensemble et être des partenaires ?

V. Poutine :
Nous ne l'excluons pas, ce sont les Américains et les Européens qui l'excluent. Nous sommes favorables, nous n'avons pas imposé de sanctions à l'Europe, nous n'avons pas fermé l'approvisionnement en énergie à l'Allemagne et à d'autres pays. C'est contre nous que des sanctions sont imposées.

Vous venez de dire que nous célébrerons demain le 80e anniversaire du débarquement en Normandie et de l'ouverture du deuxième front. Nous avons toujours eu un grand respect pour nos alliés, un grand respect pour les Américains, pour les Britanniques, pour les Anglais, pour les Français.

À propos, sait-on en France que c'est Staline qui a insisté pour que la France soit présente, et non seulement présente, mais signataire du traité de capitulation, de l'acte de capitulation de l'Allemagne ? Les États-Unis et la Grande-Bretagne s'y sont opposés. Staline insiste pour que la France soit présente en tant que vainqueur à la signature de l'Acte de reddition sans condition de l'Allemagne. Les Français ne s'en souviennent pas : soit qu'ils ne veuillent pas, soit qu'ils n'y accordent aucune importance. Mais c'est un fait historique, nous l'avons dans nos archives.

Nous avons toujours respecté la France combattante. Malgré la marche des troupes hitlériennes sur Paris, nous avons soutenu les maquisards et ceux qui se sont battus avec nous, y compris les pilotes de l'escadrille Normandie-Niemen. Nous nous en souvenons toujours et nous n'oublions pas. Notre porte est toujours ouverte aux négociations, aux rencontres et aux discussions.

Vous venez de dire qu'il y aura une célébration, mais il se trouve que nous sommes étrangers à cette célébration de la vie. Combien de soldats américains sont morts dans la guerre contre le nazisme ? 500 mille, 600 mille ? Environ 500 000. Les Britanniques, eux, sont morts bien moins que pendant la Première Guerre mondiale. Comme vous le savez, les principaux sacrifices sur l'autel de la victoire générale ont été consentis par l'Union soviétique. Selon les derniers chiffres, environ 27 millions de personnes, dont 70 % en RSFSR, c'est-à-dire en Russie. Oui, 70 % se trouvaient dans la Fédération russienne — ce sont des données officielles. Vous me demandez : sommes-nous prêts, ne sommes-nous pas prêts ? Mais nous ne sommes pas invités à cet événement.

La principale contribution à la défaite du nazisme — bien sûr, c'est une chose évidente, il suffit de lire ce que Churchill a dit en son temps ou ce que Roosevelt a dit sur la contribution de l'Union soviétique, de la Russie, à la victoire globale sur le nazisme. C'est évident, tout le monde le sait. Seules des personnes peu scrupuleuses peuvent déformer ces faits. Qu'à cela ne tienne, qu'ils fassent la fête là-bas sans nous, nous n'y perdrons rien. Mais c'est la réponse à votre question : qui veut ce dialogue et qui ne le veut pas.

Je pense que les dirigeants actuels de l'Ukraine seront présents. Écoutez-moi : comment une date aussi importante dans la lutte contre le nazisme peut-elle être célébrée conjointement avec ceux qui placent les néonazis sur un piédestal d'honneur et en font des héros nationaux ? Aujourd'hui, le symbole de l'État ukrainien est Bandera. Il était l'un des principaux hommes de main d'Hitler en Europe de l'Est. Ce sont les mains de Bandera qui ont abattu des milliers de Russes et de Polonais, mais aussi de Juifs. Il était le plus proche associé d'Hitler. Oui, puis, à la fin de la guerre, il a commencé à flairer et à comprendre que la victoire échappait à Hitler, il a commencé à chercher des alliés déjà à l'ouest, et les Allemands l'ont remarqué. Mais c'est le principal collaborateur. Il s'est promené avec le salut nazi et a accueilli — non seulement accueilli, mais travaillé directement avec les nazis.

Comme vous le savez, le chef de l'État ukrainien au Canada, alors en exercice et encore légitime, a ovationné l'ancien soldat SS. Quoi, vous n'êtes pas au courant ? Tout le monde le sait. Seuls les médias d'Europe, des États-Unis et du Canada gardent le silence sur ce fait, comme s'il ne s'était pas produit, mais il s'est produit. Ils lui ont dit : voici un homme qui s'est battu contre les Russes pendant la Seconde Guerre mondiale. Tout le monde s'est levé, y compris le Président de l'Ukraine, et a commencé à l'applaudir. Qui a combattu les Russes pendant la Seconde Guerre mondiale ? Hitler et ceux qui ont collaboré avec lui. Et celui qu'ils applaudissaient était un ancien soldat de la [division] SS Galicia, et tout le monde l'a applaudi.

Et demain, ces gens fêteront le débarquement des Alliés en Normandie. Comment cela se fait-il ? Et la Russie, qui est le successeur légal de l'Union soviétique et qui a subi de si lourdes pertes, ils se sentent gênés de l'inviter. Nous n'y perdrons rien, mais c'est juste une réponse à votre question : qui est intéressé par des relations normales et par leur rétablissement, et qui ne l'est pas. Nous sommes pour.

Qu'en est-il ? Pouvons-nous conclure ?

A. Kondrachov : Dernière question — puis-je, Vladimir Vladimirovitch ?

V. Poutine :
Oui, allez-y.

A. Kondrachov : C'est très court.

V. Poutine (s'adressant à M. Romanczyk) :
Avez-vous quelque chose à ajouter ?

A. Kondrachov : Alors demandez, et je poserai une dernière question.

V. Poutine :
S'il vous plaît.

M. Romanczyk : Vous parliez du nazisme. Vous savez qu'il y a un parti en Allemagne qui suscite une certaine inquiétude parmi le public, parmi d'autres partis, qui ne critique pas cet épisode, cette période de notre histoire que vous avez mentionnée — l'Alternative pour l'Allemagne. Nombre d'entre eux font l'objet d'une surveillance constitutionnelle en raison de leurs déclarations et de leurs actions. Monsieur Hrupalla, le coprésident de ce parti, était, si je me souviens bien, à Moscou en 2020. Il a été invité à l'ambassade de Russie à Berlin, pour autant que je sache.

Comment voyez-vous l'Alternative pour l'Allemagne ? Comment voyez-vous les relations entre ce parti et la Russie, et entre la Russie et ce parti ?

V. Poutine :
Vous savez, même si l'homme que vous avez mentionné était à Moscou — j'ai même rencontré certains de ses dirigeants, je crois, je ne me souviens même plus qui — nous n'avons pas de relations systémiques avec les représentants de ce parti.

Mais ce qui ressort de notre compréhension de ce qui se passe en République fédérale, c'est que tout point de vue alternatif y est perçu comme antiétatique et que, pour une raison ou une autre, tout le monde est immédiatement déclaré agent du Kremlin. Mais, vous savez, si une force politique critique le gouvernement en place, il n'y a probablement pas de raison, dans une démocratie, de déclarer immédiatement que le travail de cette force politique est antiétatique et de conduire à sa fermeture. Si je me souviens bien, Hitler a été emprisonné une fois après l'échec d'un putsch en Bavière — il a immédiatement obtenu une note plus élevée et des ailes dans le dos. Avant cela, il n'était pas considéré comme un homme politique national, et après son arrestation il l'est devenu.

Mais nous ne voyons aucun signe de néonazisme dans les activités de l'Alternative pour l'Allemagne. Si quelqu'un s'exprime en faveur de relations normales avec notre pays, avec la Russie, nous ne pouvons que le soutenir. Mais nous ne décidons pas si cette force politique opère dans le cadre de la Constitution ou non. Je le répète une fois de plus : nous ne voyons rien qui puisse nous inquiéter, nous ne le voyons pas. Si le gouvernement actuel voit une menace pour lui dans la position de l'Alternative pour l'Allemagne, comme il le dit, ce n'est pas notre bière — ce sont des questions liées à l'évolution de la situation politique dans la République fédérale elle-même.

Vous savez, je voudrais revenir sur ce que je viens de dire : Le parti Alternative pour l'Allemagne est soupçonné d'avoir des positions néo-nazies, alors que les personnes qui ont coopéré avec le régime nazi dans la même Ukraine ne sont guère considérées comme telles, pour des raisons inconnues. C'est ce que nous appelons une politique de deux poids, deux mesures, tant en politique intérieure qu'en politique étrangère. Nous coopérerons avec tous ceux qui veulent travailler avec la Russie. Et nous ne faisons pas d'évaluations politiques en Allemagne — c'est une question qui relève des autorités politiques elles-mêmes, de la cour constitutionnelle, etc.

Mais je l'ai déjà dit, j'ai donné l'exemple d'Hitler. Ceux qui utilisent des moyens non politiques dans la lutte politique n'obtiennent pas le résultat auquel ils aspirent.

A. Kondrachov : Vladimir Vladimirovitch, vous savez certainement — mais si des fois vous ne le savez pas ? — que la presse occidentale est très partiale à votre égard et vous dépeint très souvent comme un méchant ou un monstre....

V. Poutine :
C'est vrai, et ils sont dans le juste en peignant — qu'ils aient peur, c'est juste.

A. Kondrachov : Dmitry Peskov vous montre-t-il ces images ou non ? Et que pensez-vous de cela en général — est-ce important ?

V. Poutine :
Non, il ne le fait pas. Apparemment, il ménage mon humeur.

Je sais que de temps en temps, lorsque les relations entre pays, entre États, s'enveniment, on tente d'intimider l'homme de la rue. Il n'y a rien de nouveau ici. Franchement, je n'ai pas le temps de m'occuper de cette propagande, de regarder ces documents de propagande. Je préfère m'occuper de la substance de nos relations avec nos partenaires actuels, avec des partenaires potentiels, avec d'anciens partenaires, afin d'établir des relations normales qui nous aideraient à atteindre nos objectifs de développement national. C'est tout.

A. Kondrachov : Vladimir Vladimirovitch, merci beaucoup pour cette conversation franche, tant au nom de la TASS que de nos collègues. Patience, santé et l'aide de Dieu dans vos efforts.

V. Poutine :
Merci.

Je tiens également à vous remercier tous d'être ici, d'être venus, que ce soit en mission ou sans mission, mais de ne pas avoir eu peur de venir. En tout cas, pour l'intérêt que vous portez à ce qui se passe en Russie, à ce qui se passe dans nos relations avec d'autres pays dans une situation qui est, bien sûr, très difficile. Ne parlons pas maintenant, ne revenons pas en arrière sur ce qui se passe — nous comprenons tous de quoi je parle.

J'espère que vous serez aussi objectifs que possible et, bien entendu, que vous vous efforcerez de remplir votre mission et vos tâches aussi correctement que possible.

J'espère que notre entretien d'aujourd'hui et votre travail à l'avenir viseront à stabiliser la situation bilatérale entre nos pays et la situation mondiale dans son ensemble dans le sens d'une résolution de la crise plutôt que d'une escalade et d'une aggravation sans fin.

Merci de votre attention. Je vous souhaite bonne chance !

Source en russe

À noter que la traduction anglaise de cet entretien sur ce même site du Kremlin (les traductions anglaises sont utilisées en tant que source par nombre de médias et de personnes étrangers ne possédant pas le russe) demeure jusqu'à présent (12 juin 2024, 9:40 Msk) presqu'à moitié inachevée (pour des raisons qui me sont inconnues), avec ces phrases finales :
« Andrei Kondrashov: Thank you, Mr Kuchimov.
To be continued. »

De sorte que la partie la plus épineuse de la discussion n'est présente que dans la version originale russe... et dans cette traduction française.

Notes nécessaires :
*Centre Lakhta (Лахта Центр) à St-Pétersbourg : le plus haut gratte-ciel d'Europe (462 m pour la tour la plus haute des trois de l'ensemble) et la tour la plus septentrionale du monde, l'ensemble bâti par Gazprom durant 2012-2021.
Photos ici.

**Miller, Alexey Borissovitch : chef de la compagnie Gazprom, dans le gratte-ciel de laquelle cet entretien a eu lieu.

***État Allié (État d'Union) est une entité supranationale composée de la Russie et de la Biélorussie, dotée d'un espace politique, économique, militaire, douanier, monétaire, juridique, humanitaire, commercial et culturel commun progressivement organisé.

Traduit et commenté par Valerik