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Réponses aux questions des journalistes russiens sur les résultats de la visite en Ouzbékistan, 28.05.2024

Publié : 06 juin 2024, 17:37
par Valerik
Le Président Poutine répond aux questions des représentants des médias russiens à l'issue de sa visite d'État en Ouzbékistan
La rencontre avec la presse a eu lieu à l'aéroport de Tachkent le 28 mai 2024, tard dans la soirée.

V. Poutine : Bonjour, de quoi allons-nous parler, de quels sujets ?

E. Piskounov : C'était une visite absolument sans précédent à Tachkent. Nous avons passé deux nuits sur place. Franchement, certains d'entre nous pensaient qu'il pourrait y en avoir une troisième. Vous avez eu une très longue conversation en tête-à-tête avec le président de l'Ouzbékistan. Quelles sont vos impressions ? Quels sont vos espoirs de coopération avec Tachkent, en particulier, peut-être, dans le domaine commercial et économique ? Et quel est le potentiel de participation de l'Ouzbékistan aux associations d'intégration de l'ex-Union soviétique ? Je vous remercie de votre attention.

V. Poutine :
Vous savez, je suis arrivé ici dimanche soir et il n'y avait rien d'autre à faire que la partie officielle, à savoir déposer des fleurs au monument de l'Indépendance, et c'était tout ce qu'il y avait à faire. Mais le lendemain, en effet, la journée a été remplie de contacts d'affaires, de réunions, de négociations, ce lundi a duré jusque tard dans la soirée, c'est vrai. C'est ainsi que le pays hôte a organisé notre visite.

C'était la première fois que nous assistions à une Réunion des régions. Mais, vous savez, qu'est-ce qui a rendu l'effet si important ? Le fait que la composition de notre délégation était très sérieuse, elle représentait presque la moitié du gouvernement de la Fédération russienne, tous les ministres clés. Par conséquent, lorsque les deux dirigeants régionaux et les deux gouvernements des deux parties se sont rencontrés, l'échange d'informations, l'échange d'opportunités pour le développement de la coopération s'est avérée très riche. Et il ne s'agissait même pas du nombre de documents signés, mais de contacts directs entre les personnes qui voulaient travailler ensemble, qui voyaient comment le faire. L'Ouzbékistan présente en effet un grand intérêt pour la Russie en termes de développement des relations.

Tout d'abord, l'Ouzbékistan est de loin le pays le plus densément peuplé de l'ex-Union soviétique, à l'exception de la Russie. Il compte aujourd'hui 37 millions d'habitants et, chaque année, augmente d'un million. C'est ainsi que l'Ouzbékistan croît en termes de population.

L'économie se développe activement et rapidement, le rythme est bon : l'année dernière, le PIB a augmenté de six pour cent : c'est l'une des plus grandes réussites mondiales. Le président de l'Ouzbékistan a réussi à mettre en place un système de gouvernance suffisamment efficace et un modèle économique en pleine croissance.

Nous avons de nombreux projets communs en matière de coopération industrielle, d'énergie — vous avez dû tout voir et tout entendre — et d'infrastructures.

L'Ouzbékistan est confronté à un problème : il n'a pas d'accès à la mer, à l'océan. Là aussi, nous pourrions, avec d'autres partenaires de la région, prendre des mesures pour aider nos amis en Ouzbékistan à résoudre ce problème logistique, à créer les conditions nécessaires à l'accès aux marchés étrangers. Ici aussi, nous avons plein à discuter. Il y a donc beaucoup de questions, et le volume des projets possibles est très important.

Comme vous le savez, nous avons créé un fonds pour un travail commun d'un montant de 500 millions de dollars, dont 400 millions proviennent du côté russien. Ce n'est pas parce que nous avons plus d'argent, mais parce que nous avons de grands intérêts dans cette partie de l'Asie et que nous voyons qu'ils peuvent être réalisés précisément grâce à la stabilité du système politique et aux conditions d'investissement dans l'économie de l'Ouzbékistan. L'intérêt, je le répète, est grand, et c'est la raison pour laquelle les contacts sont si intenses.

En ce qui concerne les processus d'intégration, nous n'insistons jamais sur quoi que ce soit. En général, les processus d'intégration, si vous voulez parler de la Communauté économique eurasienne — tout d'abord, bien sûr, nous parlons de l'économie — ces processus ont été lancés par le premier président du Kazakhstan, Nursultan Nazarbayev. Cette structure se développe à un bon rythme, apportant des résultats concrets à tous les participants. Mais le choix de participer ou non est celui de tout État souverain, basé sur l'intérêt, principalement l'intérêt économique, et l'opportunité économique. Nous avons différents niveaux de développement économique, différents niveaux de développement du système financier. Et lorsque tel ou tel gouvernement prend une décision sur la participation ou la non-participation à certaines associations d'intégration, c'est avant tout en fonction de cela.

En général, si une économie comme celle de l'Ouzbékistan rejoint l'association, je pense que l'association n'en tirera que des avantages. Mais il est nécessaire que l'économie ouzbèkistanaise en bénéficie également. Il s'agit d'un processus de négociation plutôt compliqué, car lorsque nous avons créé l'Union économique eurasienne, nous avons passé des jours et des nuits à discuter des conditions et des obligations mutuelles qui devraient en découler. Il s'agit donc d'un processus calme et sans heurts.

Nos économies se rapprochent, se développent, de nombreux projets communs voient le jour, et les grandes lignes des intérêts mutuels dans la poursuite de la coopération et la participation à des associations d'intégration se dessineront progressivement.

P. Zaroubine : Bonsoir !
Ici Pavel Zaroubine, chaîne de télévision Rossiya. Je m'excuse, j'ai deux questions à la fois, et toutes deux sont assez longues.
La première. Vous avez pris l'avion pour Tachkent, et nous avons pris l'avion avec vous, presque immédiatement après Minsk, et ce sujet nous intéresse depuis lors : à Minsk, vous avez répondu à la question de la légitimité de Zelensky et de savoir avec qui négocier, si et quand ces négociations deviendront possibles. Vous avez dit que nous devrions examiner la constitution ukrainienne pour voir quelles autorités peuvent fonctionner sans élections. Mais sur la base de la constitution ukrainienne, il apparaît que seule la Verkhovna Rada [Parlement ukrainien - NdT] peut travailler maintenant, et elle ne dit pas un mot sur l'extension des pouvoirs du président. C'est uniquement sur la base de la loi martiale que Zelensky semble continuer à fonctionner. Vous avez dit que nous avions besoin d'une analyse juridique. Faisons-nous cette analyse ? À qui devons-nous nous adresser, le cas échéant ?
Puis-je poser la deuxième question tout de suite ?

V. Poutine :
S'il vous plaît. Comme vous voulez.

P. Zaroubine : Les hauts dignitaires occidentaux font des déclarations de plus en plus belliqueuses. Aujourd'hui, ils ont même convenu que Kiev devrait être autorisé à frapper profondément le territoire russe avec des armes occidentales. Aujourd'hui même, le ministre de la défense de l'UE a discuté de ce sujet, et le secrétaire général de l'OTAN a déclaré que nous avions donné les armes à Kiev et que, depuis lors, nous les considérons comme ukrainiennes, et que l'Ukraine peut faire ce qu'elle veut, frapper le territoire russe où bon lui semble.
Merci beaucoup.

V. Poutine :
La première question concerne la légitimité des autorités ukrainiennes. En effet, il est nécessaire de mener une analyse sérieuse et approfondie.

La première chose qui saute aux yeux et que mes collègues me rapportent est la suivante. La constitution ukrainienne prévoit l'extension des pouvoirs de la Rada, mais seulement de la Rada ; la constitution ukrainienne ne dit rien sur l'extension des pouvoirs du président. Premièrement.

Deuxièmement. En effet, la loi ukrainienne sur le statut juridique, sur la position juridique, la loi martiale dit que pendant la loi martiale, les élections présidentielles n'ont pas lieu, mais cela ne veut pas dire qu'elles sont prolongées. Elles n'ont pas lieu, mais qui dit qu'elles doivent être prolongées ? Il n'y a rien à ce sujet dans la constitution. Mais l'article 111 de la Constitution ukrainienne stipule que dans ce cas, les pouvoirs suprêmes, en fait les pouvoirs présidentiels, sont transférés au président du Parlement. D'autant plus que dans le cadre de la loi martiale, les pouvoirs du parlement sont étendus. Il s'agit là d'une analyse préliminaire, nous devons y regarder de plus près.

Certains experts disent qu'il y a des contradictions entre la constitution, qui ne parle que de l'extension des pouvoirs de la Rada sous la loi martiale, et la loi que je viens de mentionner, la loi de 2016 je crois, qui définit le statut juridique de la loi martiale. Elle dit, comme je l'ai dit et je le répète, qu'il n'y a pas d'élections présidentielles, mais elle ne dit nulle part qu'elles sont prolongées, et ça constitue un problème.

La question est de savoir de quoi il s'agit, n'est-ce pas ? Le fait est que l'État ukrainien n'est pas fondé sur l'idée d'une république présidentielle, mais sur l'idée d'une république parlementaire-présidentielle, et que les principaux leviers du pouvoir sont concentrés dans l'organe représentatif de l'État. Il est donc tout à fait logique que la constitution elle-même et les autres actes juridiques adoptés sur sa base soient structurés de cette manière.
Donc, à proprement parler, selon une évaluation préliminaire — je ne parle que d'une évaluation préliminaire — les seules autorités légitimes sont le parlement et le président de la Rada. Par conséquent, s'ils voulaien organiser des élections présidentielles, ils auraient dû annuler la loi martiale, rien de plus, et organiser des élections. Mais ils n'ont pas voulu le faire pour un certain nombre de raisons.

Mais je pense (cela n'a rien à voir avec la Constitution) que l'idée des maîtres actuels de l'Ukraine, qui sont à l'étranger, est peut-être de faire peser sur le pouvoir exécutif actuel la charge de prendre toutes les décisions impopulaires, y compris une décision de plus d'abaisser encore l'âge de la conscription. Il était de 27 ans, il est maintenant de 25 ans, et la prochaine étape pourrait être de 23 ou 18 ans tout de suite.

Et après cette décision et d'autres décisions impopulaires, je pense que les représentants actuels du pouvoir exécutif seront remplacés par des personnes qui ne porteront pas cette responsabilité de décisions impopulaires auprès du peuple. Ils seront simplement remplacés et c'est tout. Si c'est cela l'idée, en principe la logique est claire. Nous verrons ce qui se passera ensuite.

Mais aussi, comme je l'ai dit à Minsk, le système politique et juridique de l'Ukraine elle-même doit enfin formuler et donner une réponse à ce qui se passe en Ukraine. Il me semble que ce n'est pas si difficile. Je le répète pour la troisième fois : la loi de 2016 stipule qu'il n'est pas possible d'organiser des élections présidentielles sous la loi martiale, mais elle ne dit nulle part que ces pouvoirs sont prolongés. Qu'est-ce que cela signifie ? Regardez l'article 111 de la constitution : tous les pouvoirs sont transférés au président du parlement.

En ce qui concerne les frappes actuelles, honnêtement, je ne sais pas ce que dit le secrétaire général de l'OTAN. Lorsqu'il était Premier ministre de Norvège, lorsque nous avons communiqué avec lui et avons résolu des questions difficiles sur la mer de Barents et sur d'autres sujets, nous pouvions bien parvenir à un accord, et je suis sûr qu'il ne souffrait pas de démence. S'il parle de la possibilité de frappes sur le territoire russien avec des armes de précision à longue portée — en tant que personne à la tête d'une organisation militaro-politique, bien qu'il soit un civil comme moi, il devrait quand même savoir que les armes de précision à longue portée ne peuvent pas être utilisées sans reconnaissance spatiale.

Deuxièmement. La sélection finale de la cible et l'affectation du vol ne peuvent être effectuées que par des spécialistes hautement qualifiés sur la base de ce renseignement, le renseignement technique. Pour certains systèmes de frappe, tels que Storm Shadow, ces missions peuvent être paramétrées automatiquement (missions de vol), sans la présence de militaires ukrainiens. Qui fait cela ? Ceux qui produisent et ceux qui fournissent prétendument ces systèmes d'attaque à l'Ukraine. Cela peut se produire sans aucune participation des militaires ukrainiens — et cela se produit en fait sans leur participation. D'autres systèmes, tels que l'ATACMS, sont également préparés à la frappe sur la base de la reconnaissance spatiale, [les cibles] sont formulées et communiquées automatiquement aux équipes appropriées — ces équipes peuvent ne pas même se rendre compte de ce qu'elles paramètrent — et l'équipe, peut-être même l'équipe ukrainienne, paramètre la mission de vol correspondante. De sorte que cette mission de vol n'est pas préparée par des militaires ukrainiens, mais par des représentants des pays de l'OTAN.

Ces représentants des pays de l'OTAN, surtout en Europe, surtout dans les petits pays, doivent donc être conscients de ce avec quoi ils jouent. Ils doivent se rappeler qu'il s'agit généralement de petits pays avec de petits territoires et des populations très denses. C'est un facteur qu'ils doivent garder à l'esprit avant de parler de frappes en profondeur sur le territoire russe. Il s'agit d'une affaire sérieuse, que nous suivons bien sûr de très près.

Tout se passe en ce moment autour des événements à proximité de Kharkov. Mais ce sont eux-mêmes qui ont provoqué ces événements dans cette direction. J'ai dit publiquement il y a six mois, je crois, que s'ils continuent à frapper des quartiers résidentiels, nous serons obligés de créer une zone de sécurité. Et tout récemment, je l'ai dit, nous sommes passés à cela.

Ils nous provoquaient d'abord dans le Donbass, ils nous trompaient pendant huit ans, nous faisant croire qu'ils allaient soi-disant résoudre la question de manière pacifique, et ils nous ont forcés à tenter de ramener la situation à la paix par des moyens armés. Ils nous ont ensuite trompés pendant le processus de négociation, pensant qu'ils allaient vaincre la Russie sur le champ de bataille, infliger une défaite stratégique à la Russie. Nous les avons alors prévenus : n'intervenez pas sur notre territoire, ne bombardez pas Belgorod et les autres territoires voisins, sinon nous serons contraints de créer une zone de sécurité.

Regardez tous les rapports de vos collègues occidentaux. Personne ne parle du bombardement de Belgorod et d'autres territoires voisins, ils parlent seulement de l'ouverture d'un nouveau front par la Russie, de l'attaque de Kharkov. Pas un mot. Quelle en est la raison ? Je veux dire qu'ils l'ont fait de leurs propres mains. Eh bien, qu'ils récoltent les fruits de leur créativité. La même chose peut se produire dans le cas de l'utilisation d'armes de précision à longue portée, sur laquelle vous avez posé une question.

Et en général, cette escalade constante peut avoir de graves conséquences. Si ces conséquences graves surviennent en Europe, comment les États-Unis se comporteront-ils, compte tenu de notre parité stratégique ? C'est difficile à dire.

Veulent-ils un conflit mondial ? Il me semble qu'ils voulaient négocier dans le domaine des armes stratégiques, mais nous ne voyons pas beaucoup de volonté de le faire. Ils en parlent, mais nous ne voyons pas une grande volonté de le faire. Nous verrons ce qui se passera par la suite.

V. Sinéok : Vladimir Vladimirovitch, ici Viktor Sinéok, Izvestia.
Pendant plusieurs mois précédant votre visite, des délégations du département américain du Trésor et d'autres agences chargées de la mise en œuvre du régime de sanctions venaient aux pays d'Asie centrale, y compris l'Ouzbékistan. Une pression sans précédent est exercée sur les capitales des pays d'Asie centrale afin d'exclure, de supprimer toutes les possibilités, toutes les perspectives de coopération avec la Russie. Que pensez-vous de ce comportement et la Russie peut-elle, d'une manière ou d'une autre, contrebalancer cette pression pour les pays d'Asie centrale, y compris l'Ouzbékistan ?
Si vous me le permettez, je vous poserai une deuxième question très rapidement. On a appris que la Russie envisageait de retirer les talibans de la liste des organisations terroristes. Comment cette décision a-t-elle été prise, pourquoi, comment affectera-t-elle nos relations avec l'Afghanistan et quand entrera-t-elle en vigueur ?

V. Poutine :
Je commencerai par la deuxième partie.

On en parle constamment, et je ne ferai pas de commentaires à ce sujet maintenant, parce que la relation avec les talibans et l'Afghanistan est constamment sur les lèvres de l'opinion publique. Il y a des problèmes en Afghanistan, ils sont évidents, ils sont connus de tous.

La manière d'établir des relations avec les autorités actuelles est une question à part. Mais il faut y parvenir d'une manière ou d'une autre. Ce sont ces gens qui contrôlent le pays, qui contrôlent le territoire du pays, ce sont eux qui détiennent le pouvoir en Afghanistan aujourd'hui. Nous devons partir des réalités et établir des relations en conséquence.

Nous sommes en contact avec de nombreux partenaires, y compris ceux de la région d'Asie centrale. Nous tenons compte de l'avis de chacun de nos partenaires et amis et nous formulerons cette position ensemble.

En ce qui concerne la première partie de votre question. Il n'y a rien de nouveau. Je veux dire que ce qui se passe aujourd'hui, le fait que des « voyageurs » parcourent le monde, l'Amérique latine, l'Afrique, l'Orient, et intimident tout le monde — ce sont là des éléments d'un comportement impérial. Les observateurs politiques et les analystes américains eux-mêmes le disent directement : les États-Unis sont un empire et, dans une large mesure, leurs ambitions impériales sont liées aux événements de politique intérieure. Les élections présidentielles approchent et les autorités en place veulent réaffirmer leur statut d'empire. Beaucoup de gens aux États-Unis n'aiment pas cela, beaucoup ne veulent pas être un empire et porter le fardeau de l'impérialisme. Ils ne veulent pas être responsables, ils ne veulent pas exposer leur pays à des dangers et le mettre en difficulté.

Qu'en est-il de l'Asie centrale ? L'Ouzbékistan est non seulement le plus grand pays d'Asie centrale, mais aussi le deuxième après la Russie en termes de population — 37 millions d'habitants. Mais les « voyageurs » américains, comme je l'ai dit, voyagent dans le monde entier. Tout récemment, comme vous le savez, la ministre des finances, je crois, était également en Chine. De quoi a-t-elle parlé ? J'en ai également parlé, je crois, à Minsk : les Chinois produisent trop de voitures. Ils parlaient de surproduction de voitures. Je ne pense pas que le secrétaire au Trésor des États-Unis soit un analphabète. Il s'agit simplement d'une déformation des faits.

Qu'est-ce que la surproduction ? Si nous vivons dans un marché, c'est le marché qui régule s'il y a surproduction ou non. S'ils achètent et produisent à profit, il n'y a pas de surproduction. Et comment un pays peut-il obliger un autre pays à cesser de produire telle ou telle marchandise ? Par la force ? Par des sanctions ? C'est l'une des possibilités de recours à la force. Et c'est ainsi qu'ils essaient d'agir dans le monde entier.

Bien sûr, les pays faibles et peu sûrs, surtout ceux qui ont des dizaines d'ONG qui se nourrissent de la main américaine et mangent ce qu'on leur met sous la dent, bien sûr, dans ces pays, il est plus facile de manipuler la conscience de la population locale, plus facile de faire pression sur les autorités en place. Là où les autorités se sentent en confiance, là où elles consacrent toutes leurs activités à renforcer leur souveraineté, les intérêts de leur peuple et de leur pays, elles ne réagissent pas à ces « rappels à l'ordre » venus d'au-delà de l'océan. C'est le cas aussi bien des grands pays que des petits États autosuffisants et pourvus de la dignité.

Nous savons que des pressions ont également été exercées sur la région d'Asie centrale. Jusqu'à présent, je ne vois pas que tout le monde soit à genoux et prêt à suivre aveuglément les « directives » d'au-delà de l'océan.

Bien sûr, les Américains et les Européens prennent certaines mesures qui nuisent à nos partenaires, mais en fin de compte, c'est aussi le choix souverain de tout pays : comment élaborer sa politique, se battre ou non pour sa souveraineté, si la souveraineté a une certaine valeur ou non, etc.

À mon avis, elle a bien une valeur. Car si un pays veut réussir, il doit être souverain, même en termes socio-économiques. S'il veut réussir, il doit être souverain. Sinon, on effectuera toujours une pression, on soumettra toujours les intérêts de ce pays à ses propres intérêts étrangers — comme, par exemple, ce que l'on essaie de faire avec les voitures provenant de la Chine.

Quant aux autres options — sur les engrais, sur les produits chimiques, sur n'importe quoi, sur les avions — nous sommes confrontés à cela. Oui, nous voyons bien que ce n'est pas une bonne chose et que cela nuit à la fois à la sécurité internationale et à l'économie mondiale.

K. Panyuchkine : Bonjour, Vladimir Vladimirovitch ! Ici Konstantine Panyuchkine, chaîne de télévision Première.
La veille on a appris que le commandant en chef des FAU [Forces armées ukrainiennes - NdT], Syrsky, avait approuvé le déploiement d'instructeurs mercenaires français sur le territoire de l'Ukraine, que l'on peut qualifier de militaires, peu importe le nom qu'on leur donne. C'est désormais officiel et enfin public. De plus, Syrsky dit espérer que d'autres partenaires du régime de Kiev emboîteront le pas aux Français de la même manière officielle. Qu'en pensez-vous et jusqu'où cela peut-il aller ?
Permettez-moi encore une petite précision sur la question de la légitimité. Il ressort de votre réponse que jusqu'à ce que les tuteurs occidentaux remplacent Zelensky à Kiev, vous n'avez personne à qui parler en Ukraine. Mais je voulais vous demander : Alexandre Loukachenko vous avait-il autrefois proposé des officiers militaires ukrainiens comme interlocuteurs ?

V. Poutine :
Qui ? Des militaires ?

K. Panyuchkine : Des militaires, oui.

V. Poutine :
Malheureusement, Alexandre Grigoriévitch ne commande pas les militaires en Ukraine. S'il le faisait, nous aurions mis fin à ce conflit il y a longtemps, à notre satisfaction mutuelle. Nous aurions trouvé une solution au conflit avec l'Ukraine si l'Ukraine était désormais commandée par des personnes guidées par les intérêts nationaux plutôt que par les intérêts de leurs maîtres en Europe ou à l'étranger.

Quant au fait qu'il pourrait y avoir ou qu'il y a des mercenaires en Ukraine, nous le savons très bien, il n'y a rien de nouveau. Le fait que les militaires disent maintenant qu'ils pourraient apparaître en Ukraine — mais ils sont là depuis longtemps. Nous entendons des parlers anglais, français et polonais à l'antenne. Nous savons qu'ils sont là, ces soi-disant mercenaires. Mais en fait ce sont des spécialistes qui se trouvent là sous l'apparence de mercenaires.

Une question a été posée sur les armes de précision à longue portée. Qui contrôle ces armes, qui les entretient ? Bien sûr, ces instructeurs déguisés en mercenaires, rien de plus. Ils sont là et ils subissent des pertes. Cette déclaration est peut-être due au fait qu'il leur est de plus en plus difficile, apparemment, de dissimuler ces pertes. Il est donc peut-être temps de montrer qu'ils sont officiellement présents sur place, afin qu'ils puissent montrer ces pertes de manière réelle et légale. Je ne sais pas, peut-être.

Quant aux différents contingents, j'en ai déjà parlé. Les autorités polonaises disent qu'elles sont prêtes à envoyer leurs contingents. On entend le parler polonais, il y a beaucoup de mercenaires polonais. Les contingents de pays européens venant ensemble avec les Polonais partiront tôt ou tard, mais les Polonais, eux, ne partiront jamais. C'est une évidence — pour moi, en tout cas, une certitude. Je me trompe peut-être, mais je ne le crois pas.

Par conséquent, sous prétexte de « libérer certaines unités ukrainiennes se trouvant le long de la frontière, de les libérer afin de les envoyer sur le champ de bataille, de les garder le long des frontières pour assurer leur sécurité », c'est un non-sens et des bêtises, rien de plus. Et s'ils sont là, ils seront aussi dans la zone d'impact de nos forces armées.

Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une bonne décision ni d'une bonne solution. Il s'agit d'un attisement et d'une nouveau pas vers un conflit grave en Europe et un conflit mondial. Le veulent-ils ? Eh bien, je vous en prie. Nous continuerons à agir comme nous l'entendons, indépendamment de qui se trouve sur le territoire ukrainien. Et c'est ce qu'ils devraient savoir avec certitude.

A. Golovko : Ici Alexey Golovko, chaîne de télévision Rossiya.
La presse occidentale a rapporté qu'après la conférence suisse sur l'Ukraine, les pays occidentaux souhaiteraient organiser une autre conférence en Arabie saoudite et y inviter officiellement la Russie afin de démontrer à Moscou une position prétendument consolidée et d'entamer une sorte de négociation.
Vladimir Vladimirovitch, si une telle proposition est faite, notre pays participera-t-il à cette conférence et, si oui, à quelles conditions ?

V. Poutine :
Il n'y a pas de réponse pour le moment, parce que je ne sais pas de quoi ils parlent. Ils disent : nous ne sommes pas prêts à inviter la Russie maintenant, mais nous serons prêts plus tard. Mais nous n'avons jamais refusé — ni maintenant, ni plus tard, ni un an plus tôt. Nous avons dit que nous étions prêts.

Nous n'avons pas cessé de négocier, on nous a dit : c'est fini, nous ne négocierons plus avec vous. On pourrait dire que l'on n'est pas satisfait des accords conclus à Istanbul. On a commencé les négociations à Minsk, elles ont été finalisées et portées à un certain niveau à Istanbul. Cela aurait été possible s'il n'y avait pas eu la signature du chef du groupe de négociation du côté ukrainien sur le condensé de l'accord, que nous avons préparé en tant que projet.

Il l'a paraphé, ce qui signifie que ce condensé arrangeait la partie ukrainienne. Ils ont reçu l'ordre de le jeter à la poubelle et d'essayer de vaincre la Russie sur le champ de bataille, de lui infliger une défaite stratégique. Mais il a dit directement, publiquement : si nous n'avions pas reçu d'ordre de l'étranger (du Royaume-Uni dans ce cas, des États-Unis, c'est la même chose), les hostilités auraient cessé il y a un an et demi. Cela était dit.

Sur cette base, nous n'avons jamais refusé et nous sommes prêts à poursuivre le processus de négociation. Mais nous ne savons pas ce que et qui, ayant à l'esprit ici la légitimité des représentants des autorités ukrainiennes, nous proposera à ces autres étapes. Je n'ai donc pas de réponse à cette question.

Je suis toujours surpris de voir un certain mouvement de la part de nos petits amis et partenaires occidentaux qui disent que la Russie refuse de négocier. Je l'ai dit mille fois, comme s'ils n'avaient pas d'oreilles : nous n'y refusons pas. C'est la partie ukrainienne qui y a refusé publiquement. Ils ont paraphé l'accord et ensuite y ont refusé visant nous vaincre sur le champ de bataille. Cela n'a pas marché. Maintenant ils sont maintenant prêts. Eh bien, si vous êtes prêts — bon, revenez-y. De quoi parle-t-on ?

Ils veulent dessiner quelque chose, créer l'apparence d'un soutien mondial pour ce qu'ils ont dessiné volontairement, eux-mêmes, sur la base de leurs « souhaits », et le présenter comme une position consolidée de la communauté mondiale. Cela ne fonctionnera pas comme ça. Cela montre simplement qu'ils ne veulent pas négocier, mais qu'ils s'accrochent à la possibilité d'obtenir encore quelque chose qui pourrait modifier la situation sur le champ de bataille — cela ne marche pas. Et plus il y aura de tentatives, plus il y aura de pertes, et ces pertes sont loin d'être en faveur des forces armées ukrainiennes.

Pourquoi en est-il ainsi ? Les dirigeants actuels de l'Ukraine n'ont pas de pitié pour ces gens, ils ne les considèrent pas en tant que leurs. C'est là le problème et la tragédie de l'Ukraine d'aujourd'hui. Ils ne considèrent pas ces gens comme les leurs, ils ne protègent pas les intérêts du peuple ukrainien d'aujourd'hui. J'espère que les gens finiront par s'en rendre compte.

Bonne journée.

Source en russe

Traduit par Valerik